La jeunesse, depuis longtemps bombe à retardement de la société égyptienne

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Les manifestations sans précédent contre le président Hosni Moubarak confirment que le désarroi et la colère de la jeunesse égyptienne, amplifiés par internet, sont depuis longtemps une bombe à retardement pour le régime, soulignent des spécialistes.

En trente ans de règne du raïs, la population a quasiment doublé, pour atteindre aujourd'hui plus de 80 millions d'habitants, vivant en quasi-totalité sur l'étroite bande de la vallée du Nil et de son delta.

"C'est une bombe à retardement, il fallait bien qu'elle explose un jour", estime le politologue Hisham Kassem.

Les jeunes sont descendus par milliers depuis mardi dans les rues du Caire et de nombreuses autres villes du pays, à l'appel de groupes de militants pro-démocratie très actifs sur internet.

La situation actuelle "résulte de deux facteurs, la démographie et la connectivité" sur la toile, via notamment les réseaux sociaux comme Twitter et Facebook, ajoute Hisham Kassem.

Le taux de chômage se situe depuis 1998 entre 11% et 17%, selon des chiffres non-officiels du Global Policy Network, un centre d'études indépendant.

Malgré une croissance économique soutenue autour de 6%, la grande pauvreté reste le lot de près de 40% de la population, qui vit avec moins de deux dollars par jour et par personne.

Mais dans le même temps l'Egypte a amorcé sa révolution technologique: fin 2010, quelque 23 millions de personnes avaient un accès, régulier ou occasionnel, à internet, soit près du quart de la population, un chiffre en hausse de 45% sur un an.

Le téléphone mobile est aussi en pleine expansion, avec 65 millions d'utilisateurs en octobre 2010, une progression de 23% sur un an.

Ce cocktail détonant mêlant hausse de la démographie, frustrations sociales et révolution technologique fait que les manifestations d'aujourd'hui "sont en gestation depuis des années", estime Rabab al-Mahdi, professeur de sciences politiques à l'Université américaine du Caire.

Le Mouvement du 6 avril, un mouvement de jeunes pro-démocratie à la pointe de la contestation actuelle, illustre cette situation.

Il tire en effet son nom d'émeutes ouvrières dans une grosse ville industrielle du delta du Nil, Mahallah, en avril 2008.

Mais plus que dans les usines, c'est sur internet, notamment Facebook, que le groupe a pris de l'ampleur et trouvé son audience.

La révolte tunisienne, qui a chassé le 14 janvier le président Zine El Abidine Ben Ali, largement relayée sur les sites web et les chaînes satellitaires, a été le détonateur.

"Ce qui s'est passé en Tunisie a poussé dans la rue des gens qui n'étaient pas des militants politiques aguerris", estime Mme al-Mahdi.

"Les manifestants se sentent plus forts vis-à-vis de la police, ils exultent au travers des sites de socialisation", relève-t-elle.

Après trois jours de manifestations, les internautes du Mouvement du 6 avril et d'autres groupes similaires ne cessent d'utiliser SMS et messages sur Facebook pour mobiliser.

L'un de leurs récents messages électroniques appelle à continuer de descendre dans les rues "pour le droit de vivre, la liberté et la dignité".