La lutte en Libye continue malgré le ramadan, assurent les rebelles de l'Ouest

1er août 2011 à 9h24 par La rédaction

ZENTEN (Libye) (AFP) - (AFP)

Au pied du djebel Nefoussa, les forces de Mouammar Kadhafi reculent: les rebelles libyens de la montagne assurent que l'offensive se poursuivra pendant le mois sacré du ramadan.

Officiers et soldats interrogés ce week-end sont unanimes: pas question que ce qu'ils considèrent être leur marche sur Tripoli, à une centaine de kilomètres au nord de leurs lignes, soit interrompue ou ralentie par l'obligation de jeûner toute la journée, qui débute lundi.

"Oui, demain (lundi), le ramadan commence mais nous allons continuer de combattre", assure dimanche soir, dans son PC de Zenten, le colonel Juma Brahim, porte-parole des forces rebelles dans tout le djebel Nefoussa.

Ses hommes se sont emparés dimanche matin du village de Joch, sur la route qui court dans la plaine aux pieds des falaises du djebel Nefoussa, au prix de huit morts et une vingtaine de blessés dans leurs rangs.

"Le Coran permet explicitement aux malades, aux voyageurs et aux combattants de ne pas respecter le jeûne s'ils le doivent", dit-il."Notre cause aussi est sacrée, c'est un jihad.Pas question de donner à Kadhafi, qui est en mauvaise posture, cet avantage.Ce n'est pas le moment".

Dès l'aube lundi matin, les combats vont reprendre et les rebelles vont tenter d'avancer vers le village de Tiji, sur la même route, plus à l'est, affirme le colonel Ibrahim.S'ils le prennent, c'est une immense portion de la route de la vallée qui tombera aux mains des insurgés, accroissant la pression sur les forces de Tripoli.

Dans le village de Kabao, plus à l'est vers la frontière tunisienne, le colonel Tarek Zambou tient le même discours: "les fatwas (édits religieux) sont claires: nos hommes sont dispensés de jeûne car ils combattent.Cela dit, si ceux qui sont en deuxième ligne, à l'arrière ou à l'entraînement veulent jeûner, ils le pourront".

A 43 ans, Akram Ramadan, bob kaki et grosses lunettes de soleil, a tout quitté à Manchester (Grande-Bretagne) il y a quatre mois pour venir se battre pour la cause défendue autrefois par son père, qui a dû pour cela s'exiler.

"Il sera toujours temps de jeûner l'an prochain, quand nous serons libres", sourit-il."Le Prophète (la paix soit sur Lui) a lui-même livré deux batailles pendant le mois sacré.En fait, c'est un bon mois pour combattre, et peut-être mourir.On est plus proche de Dieu".

Dimanche après-midi, la veille du premier jour de ramadan, le son du canon roulait encore dans les vallées de la montagne, montant de la plaine où les combats à l'arme lourde se poursuivait.

Dans les villages du djebel, qui échappent depuis des mois à l'autorité de Tripoli, les hommes profitent du soleil couchant et d'un vent enfin frais pour faire les courses.

Mais cette année, les iftars, repas de rupture de jeûne à la tombée de la nuit qui sont traditionnellement plantureux, seront maigres: les lignes d'approvisionnement avec le reste du pays sont coupées, les denrées arrivent difficilement et en petites quantités de Tunisie.

Les rayonnages des supérettes sont vides ou presque, les produits frais quasi-introuvables et les étals des rares marchés, au bord des routes, n'offrent que de pauvres légumes, à des tarifs que beaucoup, faute de d'argent liquide, ne pourront s'offrir.

Khalifa Mohamed Ali, instituteur, repart du marché avec, dans un sac plastique, neuf prunes rouges."Oui, beaucoup de choses manquent...Mais ce qui est important en ces temps de guerre, c'est que nous vainquions.Si Dieu le veut, la crise va passer.Ce que nous voulons, c'est la dignité".