La petite île italienne de Linosa, refuge d'Africains fuyant la Libye

28 mars 2011 à 12h04 par La rédaction

LINOSA (Italie) (AFP)

"Nous n'avions plus d'eau, plus d'essence pour le bateau", Fartun, une Somalienne de 24 ans, est soulagée: elle a débarqué à Linosa, minuscule île du sud de l'Italie, au terme de trois années en Libye dont la première en prison, avant de s'enfuir vers une vie meilleure.

La jeune femme est arrivée à bord d'un bateau avec 200 autres personnes: "Je travaillais comme femme de ménage en Libye mais mon patron m'a dit: "Sors de ma maison, tu es africaine", raconte-t-elle à l'AFP.

Cette femme qui était journaliste en Somalie est restée trois ans en Libye, dont la première en prison.Comme ses compagnons de voyage, elle doit normalement être évacuée vers d'autres centres d'accueil en Italie, mais leur présence à Linosa est difficile à gérer.

"La situation est dramatique: la population a doublé", s'inquiète Claudia Rossetti, une volontaire qui essaye de faire face aux débarquements d'immigrés somaliens et érythréens.

"Habituellement il y a 300 habitants, et on a en ce moment sur l'île 300 réfugiés dont 21 enfants, en provenance de Somalie et d'Ethiopie.Nous n'avons pas les structures pour les accueillir", explique à l'AFP cette énergique blonde de 39 ans.

"A part cinq carabiniers, il n'y a personne d'autre pour gérer cette situation, du coup toute la population est mobilisée", raconte cette volontaire membre de l'association des garde-côtes auxiliaires.

De fait, nombre d'habitants cherchent à aider ces invités surprise dans la mesure de leurs moyens et arpentent affairés les ruelles de l'île, qui avec des vêtements, qui avec de la nourriture.

Linosa est un minuscule confetti de 5,43 km² situé au centre de la Méditerranée à 160 km au sud de la Sicile et à la même distance à l'est des côtes tunisiennes, ce qui en fait un objectif accessible pour les candidats à l'immigration d'Afrique du Nord.

"On a séparé les hommes et les femmes: les femmes sont dans l'oratoire à côté de l'église et dans un bâtiment près de l'école, les hommes dans la billetterie des ferrys, mais il n'y a rien pour les accueillir, ils dorment par terre", explique Mme Rossetti.

"On ne reçoit d'aide de nulle part, on se débrouille tout seuls", dénonce la jeune femme.Normalement, les réfugiés, arrivés dimanche à bord de trois bateaux secourus par des garde-côtes, devraient être transférés dans des centres d'accueil d'ici mardi, mais d'autres débarquements sont attendus.

En revanche, une autre embarcation chargée d'immigrés pourrait ne pas avoir la même chance: "Je n'ai plus de nouvelles depuis dimanche soir.Je suis très inquiet.Leur téléphone satellitaire ne répond plus", explique à l'AFP Mussie Zerai, un prêtre érythréen de 36 ans responsable d'une agence d'aide aux réfugiés et de demandeurs d'asile, Habeshia qui vit à Rome.

Les dernières nouvelles sur le bateau, qui transporte 68 personnes, lui sont parvenues alors qu'il se trouvait à 95 km des côtes libyennes.

Selon des statistiques officielles publiées dimanche, 18.501 migrants sont arrivés depuis le début de l'année sur l'île de Lampedusa, principal point d'arrivée des clandestins en Italie situé non loin de Linosa contre 27 sur la même période l'année précédente.

En 2008, l'Italie et la Libye ont signé un traité d'amitié qui avait conduit à une chute de 94% de l'immigration illégale.Rome, qui a suspendu ce traité, craint l'arrivée de milliers de clandestins en cas de chute de Mouammar Kadhafi, qui a lui-même menacé d'envoyer des "millions" d'immigrés en Europe.