La procédure contre Maurice Kamto au Cameroun est "ubuesque", selon son avocat

16 mars 2019 à 13h35 par AFP

AFRICA RADIO

La procédure contre le principal opposant camerounais Maurice Kamto est "une situation ubuesque qui peut se régler avec un peu de bonne volonté", a jugé samedi l'avocat français Eric Dupont-Moretti, au cours d'une conférence de presse à Yaoundé après lui avoir rendu visite en prison.

"Nous voulons apaiser une situation, qui est ubuesque et qui peut se régler avec un peu de bonne volonté", a déclaré l'un des ténors du barreau français aux côtés du collectif d'avocats constitué pour défendre M. Kamto et les personnes arrêtées avec lui fin janvier. Le principal opposant au chef de l'Etat Paul Biya après la présidentielle d'octobre, à laquelle il est officiellement arrivé deuxième mais dont il revendique la victoire, a été arrêté avec environ 150 manifestants à la suite d'une marche pacifique le 26 janvier.Ils protestaient contre la victoire du président sortant, 86 ans dont 36 au pouvoir, à cette présidentielle qualifie par M.Kamto de "hold-up électoral".Tous ont été présentés mi-février devant le tribunal militaire de Yaoundé, où ils ont été inculpés pour "hostilité contre la patrie" et "insurrection", selon leurs avocats."Nous en appelons à la sagesse du pouvoir pour que l'on trouve une solution rapidement", a poursuivi samedi Me Dupont-Moretti, dans une déclaration retransmise en direct par les soutiens de M. Kamto sur les réseaux sociaux."Nous avons rencontré notre client à la maison d'arrêt. (...) Me Kamto redit par ma voix qu'il est tout à fait prêt à discuter avec le président Biya", a-t-il ajouté.L'avocat et son associé Me Vey, ont également dénoncé le caractère "arbitraire" des détentions et contesté la compétence du "tribunal militaire" à juger leurs clients.Les avocats de M. Kamto ont déjà déposé une requête en nullité au tribunal militaire, à propos de laquelle les juges n'ont pas encore statué."Nous lançons un appel à la sagesse", ont indiqué Me. Dupont-Moretti et Me. Vey, déclarant attendre une "réponse" à cet appel.A défaut, ils ont évoqué la possibilité de saisir des instances judiciaires internationales.Les avocats ont également indiqué qu'ils allaient déposer une nouvelle demande de remise en liberté, une première ayant été rejetée début mars.Début mars, l'Union européenne, puis l'ONU et les Etats-Unis se sont tour à tour interrogés sur le bien-fondé de la procédure contre M. Kamto.L'UE a dénoncé "l'ouverture de procédures disproportionnées", et le secrétaire d'État américain adjoint aux affaires africaines, Tibor Nagy, a déclaré "qu'il serait très sage de libérer" M. Kamto.M. Nagy doit arriver ce week-end au Cameroun, pour une visite de deux jours.