La Tunisie nouvelle recherche date d'élection désespérément

Par La rédaction

TUNIS (AFP)

Moins de deux mois avant la date initialement prévue des premières élections libres en Tunisie, la classe politique reste divisée sur leur possible report, suscitant l'impatience d'un pays en mal de pouvoir légitime depuis la révolte populaire de janvier.

Le gouvernement de transition devait se réunir mercredi avec les partis politiques pour tenter d'atteindre un consensus autour de la date de l'élection d'une Assemblée constituante.

"On va probablement s'entendre sur une date", a assuré lundi à l'AFP un membre de la commission électorale.

Un point de vue optimisme au vu de la cacophonie qui règne sur cette question depuis quelques semaines en Tunisie.

La commission électorale a exigé un report de ce scrutin du 24 juillet au 16 octobre, contre l'avis initial du gouvernement et de certains partis, en affirmant ne pas pouvoir organiser d'élection crédibles et transparentes avant cette date.

Le président de la commission, Kamel Jendoubi, n'a toutefois pas exclu la semaine dernière de fixer "une nouvelle date" en guise de compromis, ouvrant la voie à un vote possible en septembre.

Le gouvernement tunisien, partisan à l'origine d'un scrutin en juillet, insiste désormais sur la nécessité d'atteindre un consensus avec les formations politiques.

Mais la dissension règne encore entre les partis, devenus pléthore depuis la chute en janvier du régime autoritaire de Zine El Abidine Ben Ali.

Certains, comme Ettajdid (ex-parti communiste), se sont rangés à l'idée d'un report, pour obtenir des résultats incontestables.

De son côté, le Parti démocratique progressiste (PDP) n'exclut pas d'accepter un scrutin en octobre mais rejette une date en septembre, trop proche selon lui de la rentrée et de la fin du ramadan.

Certains suggèrent enfin d'organiser directement une élection présidentielle ou de soumettre des projets de Constitution à un référendum, au lieu d'élire une Constituante.

L'influent mouvement islamiste Ennahda (Renaissance), crédité du meilleur score aux prochaines élections, insiste lui sur le respect de la date de 24 juillet au nom de la stabilité du pays, dépourvu d'institutions légitimes depuis près de cinq mois.

Le président d'Ennahda, Rached Ghannouchi, a dénoncé lundi la volonté de la commission de reporter les élections "d'une manière unilatérale", et n'a pas exclu l'existence d'un "complot visant à empêcher les Tunisiens d'aller aux urnes".

"Nous entendons de plus en plus parler de l'idée d'exclure l'élection d'une Assemblée constituante, et nous n'excluons pas que d'autres scénarios alternatifs poussent à abandonner les prochaines élections", a-t-il ajouté, à l'occasion du 30ème anniversaire de son mouvement.

De l'avis de nombreux observateurs, il devient urgent de sortir de l'impasse pour mener la transition démocratique tunisienne à bon port.

"Personne ne parle des jeunes chômeurs, des démunis, du désespoir, de la pauvreté.A l'inverse, tous les débats se concentrent sur les dates du 24 juillet et du 16 octobre", s'agace l'universitaire Sonia El Kadhi dans la presse tunisienne, en dénonçant "un sentiment largement partagé que tout bouge pour que rien ne bouge".

"La date du 24 juillet n'est pas tenable, l'élection sera repoussée", pronostique un diplomate occidental à Tunis.Mais "si un parti important comme Ennahda ou le PDP expriment une opinion négative sur le report, cela risque de provoquer des troubles", prévient-il.