Le Cosatu exige "plus d'action" contre les inégalités en Afrique du Sud

Par La rédaction

JOHANNESBURG (AFP)

La puissante confédération syndicale Cosatu a réclamé samedi "un gouvernement plus actif" pour corriger les énormes inégalités de la société sud-africaine et réaffirmé sa détermination à lutter contre la corruption des responsables politiques.

"Nous, les travailleurs d'Afrique du Sud, sommes les créateurs d'une richesse qui ne profite qu'à une petite minorité", a lancé le secrétaire général du Congrès des syndicats sud-africains (Cosatu), Zwelinzima Vavi, lors des célébrations du 25e anniversaire de la confédération.

"Dans ce contexte, nous ne pouvons nous permettre d'avoir un gouvernement neutre.Nous voulons un gouvernement plus actif", a-t-il poursuivi, devant environ 45.000 syndicalistes réunis dans un stade de Johannesburg.

Malgré les progrès accomplis depuis la chute du régime ségrégationniste en 1994, "les divisions héritées de l'apartheid sont toujours visibles", a renchéri le président du Cosatu, Sidumo Dlamini.

"En moyenne, un homme noir gagne 2.400 rands par mois (261 euros, 347 dollars) contre 19.000 pour un homme blanc.Une femme blanche gagne 9.600 rands par mois contre 1.200 rands pour une femme noire", soit un rapport de un à huit, a-t-il souligné.

De même "l'espérance de vie des Blancs est de 71 ans contre 48 ans pour les Noirs", a-t-il regretté, en réclamant "une détermination des leaders du pays à faire avancer les politiques en faveur des plus pauvres".

Le Cosatu, qui a été formé le 1er décembre 1985, a lutté avec le Congrès national africain (ANC) de Nelson Mandela pour faire chuter l'apartheid.Depuis 1994, les deux formations sont alliées au sein du gouvernement, où le Cosatu dispose de poretfeuilles même si les principaux ministères sont aux mains de l'ANC.

Leur coopération est souvent houleuse.Le Cosatu, qui regroupe 20 syndicats et compte deux millions de membres, prône depuis des années une politique plus à gauche et organise régulièrement de grandes grèves pour de meilleurs salaires.

"Oui, parfois, nous avons des désaccords avec le gouvernement ANC et nous manifestons contre lui si nécessaire", a reconnu Sidumo Dlamini dans son discours."Mais aucun autre parti n'aurait pu réaliser autant d'avancées" depuis 1994, a-t-il ajouté en louant la distribution d'aides sociales à 15 millions de personnes et le meilleur accès à l'eau et à l'électricité.

Pour cette raison, le Cosatu a décidé de soutenir l'ANC lors des élections locales de 2001.Mais la confédération "ne va pas donner un chèque en blanc à l'ANC et refusera de faire campagne et de soutenir ses candidats s'ils sont notoirement fainéants ou corrompus", a-t-il dit.

Depuis quelques mois, le Cosatu est très critique envers les responsables politiques corrompus.Zwelinzima Vavi s'est même attiré les foudres de l'ANC en estimant que l'Afrique du Sud, sous la direction du président Jacob Zuma, était en train de devenir "un état prédateur".

"Parfois, nous ne sommes pas d'accord", a reconnu le chef de l'Etat, invité à participer aux célébrations."Mais nos différences ne sont pas fondamentales", a-t-il estimé, en assurant que l'ANC avait également "un parti pris en faveur des pauvres".

Louant les vertus d'un "débat" ouvert, il a toutefois dressé une mise en garde à ses partenaires en leur demandant de "se conduire d'une manière qui n'érode pas l'unité" de l'alliance.