Le Kenya cherche des soutiens africains pour contrer les menaces de la CPI

Par La rédaction

NAIROBI (AFP)

Le Kenya tente d'obtenir le soutien d'autres pays africains, avant un sommet de l'UA dimanche, pour désamorcer les menaces d'inculpation par la Cour pénale internationale (CPI) des principaux responsables présumés des violences post-électorales de 2008.

Cette campagne diplomatique discrète, dénoncée par la société civile kényane et contestée au sein même du gouvernement de coalition, vise in fine à demander au Conseil de sécurité des Nations unies une suspension du travail de la CPI sur le dossier kényan.

Le vice-président kényan Kalonzo Musyoka a multiplié ces dernières semaines les déplacements sur le continent en vue d'obtenir une motion de soutien à la démarche kényane, de la part de l'Union africaine réunie en sommet dimanche et lundi à Addis Abeba.

M. Musyoka s'est envolé mercredi pour la Libye et le Nigeria après s'être rendu ces dernières semaines au Malawi, dont le chef de l'Etat est l'actuel président de l'UA, en Ethiopie, en Afrique du Sud et en Ouganda.

"Je ne suis pas en mission à titre personnel.Je pars en tant qu'envoyé spécial du président de la République du Kenya" Mwai Kibaki, a justifié mercredi M. Musyoka, qui a longtemps dirigé la diplomatie kényane.

Un vent de panique au plus haut niveau de l'Etat kényan avait accompagné l'annonce fin décembre de la liste de six suspects dans l'enquête sur les violences post-électorales ayant fait 1.133 morts selon l'accusation.

Le procureur de la CPI Luis Moreno-Ocampo n'avait pas hésité à nommer Uhuru Kenyatta, fils du héros de l'indépendance Jomo Kenyatta et prétendant plus que sérieux à l'élection présidentielle de 2012, ainsi que le leader actuel de l'importante communauté kalenjin, William Ruto, également présidentiable pour 2012, le président du parti du Premier ministre Raila Odinga, Henry Kosgey, ou encore le très influent bras droit du président Kibaki, Francis Muthaura.

Depuis, les suspects ont mobilisé leurs alliés et multiplient les démarches pour court-circuiter la CPI: le 13 décembre, le gouvernement annonçait son intention de créer un tribunal spécial pour juger les violences post-électorales, après avoir échoué à le faire à deux reprises.

De même, un groupe de députés travaille actuellement à une proposition de loi qui obligerait le gouvernement à retirer le Kenya du Statut de Rome, fondateur de la CPI, en dépit du soutien massif de la population kényane au travail de la juridiction internationale.

Le travail diplomatique de M. Musyoka vise lui à activer l'article 16 du Statut de Rome: ce dernier prévoit que le Conseil de sécurité de l'ONU peut demander à la CPI de suspendre une enquête ou ses poursuites pendant 12 mois renouvelables.

Mais selon plusieurs associations de droits de l'Homme, cette perspective paraît irréaliste dans le cas kényan.

Ainsi, Human Rights Watch souligne que cette mesure, adoptée en vertu du Chapitre VII des Nations unies, ne saurait être prise que dans "des circonstances exceptionnelles", notamment pour "sauvegarder ou restaurer la paix et la sécurité internationales".

De plus, même si l'UA venait à soutenir le Kenya, les efforts passés de l'organisation africaine pour obtenir la suspension du mandat d'arrêt de la CPI contre le président soudanais Omar el-Béchir sont restés à ce jour sans effet.

Enfin, cette dernière manoeuvre diplomatique ne fait pas l'unanimité au sein du gouvernement, M. Odinga ayant pris ses distances.

"Je peux vous dire clairement que nous n'avons jamais discuté (au sein du gouvernement) de ces démarches diplomatiques", a-t-il affirmé mercredi.

Plusieurs dizaines d'associations africaines ont dénoncé ce travail de sape, rappelant que le "rejet de l'impunité" figure dans l'acte constitutif de l'UA.