Le Kenya vote en masse et pacifiquement, 5 ans après un bain de sang

4 mars 2013 à 16h50 par La rédaction

NAIROBI (AFP) - (AFP)

Les électeurs se sont déplacés en masse lundi au Kenya pour choisir leur nouveau président, avec l'espoir de tourner la page du précédent scrutin qui avait viré au bain de sang cinq ans plus tôt.

Quelques heures avant le début du vote, six policiers ont été tués par des inconnus dans la région côtière de Mombasa mais le scrutin s'est ensuite déroulé sans incident notable.

A travers le pays, d'impressionnantes files d'électeurs, formées souvent dès avant l'aube, se sont étirées toute la journée devant les bureaux de vote, et seuls des incidents techniques relativement mineurs étaient rapportés en fin de journée par la Commission électorale indépendante (IEBC).

Environ 14,3 millions de Kényans devaient déposer six bulletins dans six urnes pour élire leur président, députés, sénateurs, gouverneurs (exécutif départemental), membres de l'Assemblée départementale et un quota de femmes à l'Assemblée nationale.

La participation a été apparemment forte, mais non chiffrée.La publication au compte-goutte des premiers résultats locaux lundi soir confirmait un duel entre les deux favoris, Raila Odinga et Uhuru  Kenyatta, donnés très proches dans les sondages.

Les deux candidats se sont dits confiants de l'emporter dès le premier tour - ce qui implique une majorité absolue des suffrages - tout en assurant qu'ils accepteraient leur éventuelle défaite.

"Nous accepterons le résultat, parce que nous sommes sûrs de gagner", affirmait à l'AFP Susan Morell, 30 ans, une inconditionnelle de M. Odinga.De telles certitudes assénées dans les deux camps font craindre à nombre d'analystes une issue du vote beaucoup moins paisible que le scrutin lui-même.

Pour prévenir tout soupçon de rétention d'information, la commission électorale indépendante diffusait en direct en soirée tous les résultats provisoires locaux reçus par SMS des bureaux de vote.

"Dès qu'une information parviendra à nos écrans, elle sera mise à la disposition des médias au moment même où nous la recevrons", s'est félicité le directeur exécutif de la Commission électorale, James Oswago.

Souci de transparence

Ce souci de transparence risque cependant de créer de faux espoirs dans chaque camp, tant que le nombre de bulletins dépouillés ne sera pas représentatif.

 A 19h30 locales (16h30 GMT), M. Kenyatta avait obtenu près de 400.000 voix contre 266.000 pour M. Odinga, sur moins de 10% des plus de 30.000 bureaux de vote.

Fin 2007, la lenteur du dépouillement de la présidentielle avait renforcé les soupçons de fraude chez les partisans de M. Odinga, déjà candidat à l'époque.

L'annonce de la victoire de son adversaire, le président sortant Mwai Kibaki - qui à 81 ans, ne se représente pas cette année -, avait déclenché une violente contestation dégénérant en affrontements politico-ethniques sans précédent.Plus d'un millier de personnes avaient été tuées et plus de 600.000 déplacées.

M. Kenyatta, qui en 2007 soutenait M. Kibaki, est inculpé par la Cour pénale internationale pour son rôle présumé dans l'organisation des violences de l'époque.

A 51 ans, le fils du premier président du pays a voté lundi matin dans sa circonscription de Gatundu-sud, à une cinquantaine de kilomètres au nord de la capitale.

 Pour sa troisième candidature à la présidence, son adversaire M. Odinga, 68 ans, a pour sa part voté à Kibera, tentaculaire bidonville de Nairobi qui fut l'un des principaux foyers des violences après la précédente présidentielle.

Afin de parer cette fois à toute violence, 99.000 policiers étaient déployés lundi dans le pays.En particulier, 400 policiers ont été envoyés en renfort lundi matin dans la région de Mombasa, deuxième ville du pays.

"Six policiers et six assaillants ont été tués" lors d'affrontements armés dans la nuit de dimanche à lundi dans et près de cette ville, selon le chef de la police kényane David Kimaiyo, qui a attribué ces attaques au Conseil républicain de Mombasa (MRC), un groupe séparatiste local ayant appelé au boycott du scrutin."Il est évident que ces attaques (à Mombasa) ont été coordonnées afin d'empêcher le vote dans ces zones", a estimé la Commission nationale sur les droits de l'Homme.

Un bureau de vote de Mandera, localité frontalière de la Somalie, a par ailleurs été visé par une bombe artisanale qui n'a pas fait de victime et n'a que temporairement interrompu le vote.