Le Mali sur la piste des auteurs de l'attaque de l'hôtel Byblos de Sévaré

9 août 2015 à 14h25 par La rédaction

Bamako (AFP)

Le Mali s'efforçait dimanche d'identifier les auteurs de la prise d'otages lancée vendredi à l'hôtel Byblos de Savaré (centre) qui a fait au moins une douzaine de morts, dont cinq sous-traitants de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma).

Des soldats maliens ont mené des patrouilles dans la nuit de samedi à dimanche à Sévaré et dans sa région, a indiqué à l'AFP un habitant de cette ville, joint dimanche au téléphone depuis la capitale Bamako.

"La nuit a été calme.L'armée a mené des patrouilles hier soir à travers la ville et surtout entre Mopti et Sévaré", a affirmé cet habitant.

"Les gens commencent à vaquer à leurs affaires.Tout revient à la normale ici à Sévaré", à 12 km de Mopti, la capitale régionale du centre du Mali, a-t-il ajouté. 

L'assaut de l'établissement, qui accueille régulièrement des expatriés, s'est soldé dans la nuit de vendredi à samedi par la mort de cinq soldats maliens, de "cinq terroristes et deux Blancs", selon un responsable militaire malien.

A ce jour, l'attaque n'a pas été revendiquée.Mais "de forts soupçons pèsent" sur le Front de libération du Macina (FLM), "un groupe terroriste qui tient à faire parler de lui par tous les moyens", a affirmé dimanche à l'AFP une source militaire malienne jointe à Sévaré depuis Bamako.

Le Macina est une appellation traditionnelle d'une partie du centre du Mali.Apparu début 2015, le FLM, qui recrute essentiellement dans la communauté peule et a revendiqué des attaques dans cette région, est un mouvement allié à Ansar Dine, un des groupes jihadistes liés à Al-Qaïda ayant contrôlé le nord du pays près de dix mois entre 2012 et début 2013.

L'agence privée mauritanienne Al-Akhbar, qui publie régulièrement des communiqués de jihadistes, a aussi affirmé dimanche que le FLM "pourrait être derrière l'attaque de Sévaré".

Pour le journaliste et analyste malien Alexis Kalambry, l'attaque "porte la marque d'Iyad Ag Ghali", chef d'Ansar Dine.

L'incertitude prévalait également sur le bilan de l'attaque, après la publication samedi d'un communiqué de la Minusma faisant état de plus de victimes.En effet, selon ce texte, cinq employés travaillant pour des sous-traitants de la Minusma ont été tués dans l'attaque: "Un Malien, qui était le chauffeur de la compagnie sous-traitante de la Minusma, un Népalais, un Sud-Africain et deux Ukrainiens".

 

- 'Montée fulgurante des attaques jihadistes' -

 

Des assaillants, non identifiés et dont le nombre demeure inconnu, ont fait irruption vendredi vers 07H00 (locales et GMT) au Byblos de Sévaré, où séjournent régulièrement des expatriés.

Ils en ont été délogés dans la nuit de vendredi à samedi par les forces maliennes.

Le principal parti d'opposition au Mali, l'Union pour la République et la démocratie (URD), "exige que les responsables de ces actes criminels, que rien ne saurait justifier, soient recherchés, poursuivis, jugés et punis", selon un communiqué parvenu dimanche à l'AFP.

L'URD, dirigée par Soumaila Cissé, chef de file de l'opposition, évoque dans ce texte une "montée fulgurante des attaques terroristes et jihadistes" au Mali.

Deux attaques jihadistes, les 1er et 3 août, ont causé la mort de 13 militaires maliens dans le Centre et le Nord. 

De son côté, le Parti pour la Renaissance nationale (Parena), de l'ex-ministre des Affaires étrangères Thiébilé Dramé, autre formation de l'opposition, a également fait part de son inquiétude en raison de "l'insécurité (qui) atteint des proportions alarmantes dans tout le pays".

"Aucune région n'est épargnée.L'arrogance et l'audace des agresseurs ne semblent plus avoir de limites", s'indigne le Parena dans un communiqué.

Des attaques jihadistes ont été ces dernières semaines enregistrées dans le sud du Mali, près des frontières ivoiriennes et burkinabè, une zone qui était jusqu'ici épargnée.

Sévaré se situe à la lisière des vastes régions dans le nord du pays d'où les jihadistes ont été en grande partie chassés et dispersés par une intervention militaire internationale déclenchée en janvier 2013 à l'initiative de la France, et toujours en cours.

Cependant, des zones entières échappent encore au contrôle des autorités maliennes comme à celui des forces étrangères.