Le monde arabe en ébullition pour la démocratie, les manifestants durement réprimés

Par La rédaction

MANAMA (AFP)

Les révoltes populaires contre les régimes autoritaires s'étendaient à travers le monde arabe vendredi, jour de grande prière, durement réprimées au prix de nombreux morts au Yémen, en Libye et à Bahreïn.

Ces révoltes s'inspirent de celles qui ont fait tomber Zine El Abidine Ben Ali en Tunisie et Hosni Moubarak en Egypte, faisant naître dans le reste du monde arabe l'espoir que la pression populaire apporte la démocratisation.

Le président américain Barack Obama a "condamné le recours à la violence (...) contre les manifestants pacifiques" en Libye, ainsi qu'à Bahreïn et au Yémen, deux régimes alliés des Etats-Unis, se disant "profondément inquiet".

La Haut commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, Navi Pillay, a elle dénoncé les réactions "illégales et excessives" contre des "demandes légitimes".

En Libye, où le colonel Mouammar Kadhafi règne depuis 42 ans, les comités révolutionnaires, pilier du régime, ont menacé les manifestants d'une riposte "foudroyante", alors que la répression a fait plus de cinquante morts depuis mardi, selon un bilan compilé par l'AFP de sources locales.

Les mouvements de protestation, relayés sur Facebook, ont été violemment réprimés notamment jeudi à Benghazi, deuxième ville du pays et bastion de l'opposition où des milliers de personnes ont participé vendredi aux funérailles des victimes, et Al-Baïda, où 14 personnes ont été tuées depuis mercredi.Les deux villes sont situées sur la côte, à l'est de Tripoli.

A al-Baïda, des manifestants ont pendu deux policiers selon un journal libyen.

L'ONG Human Rights Watch (HRW), évoquant 24 morts pour la journée de jeudi, a dénoncé une répression "sauvage" et "la brutalité de Mouammar Kadhafi face à toute contestation".

Quatre détenus ont par ailleurs été tués vendredi par les forces de l'ordre en tentant de s'évader de la prison d'El-Jedaida, près de Tripoli, selon une source sécuritaire.

A Bahreïn, royaume du Golfe, la monarchie sunnite a déployé l'armée dans la capitale Manama, où des manifestants demandent une libéralisation du système politique, dont la majorité chiite se sent exclue.

Dans la soirée, les militaires ont ouvert le feu sur des manifestants à Manama.Au moins 26 blessés ont été hospitalisés, dont un "en état de mort clinique" selon un député d'opposition.

Le prince héritier Salman ben Hamad Al-Khalifa a de son côté promis un dialogue avec l'opposition à condition que le calme revienne.

Bahreïn est d'une importance stratégique pour Washington, car c'est le quartier général de sa Ve flotte, chargée de surveiller les routes maritimes pétrolières dans le Golfe, soutenir les opérations en Afghanistan et contrer une éventuelle menace iranienne.

Au total, selon des sources officielles, cinq personnes ont été tuées et au moins 200 blessés depuis le début lundi de la contestation.L'opposition fait état de six morts.

Au Yémen, quatre manifestants ont été tués vendredi soir à Aden, principale ville du sud, lors de la dispersion par la police de manifestations contre le président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 32 ans, selon des sources médicales.Plus tôt, deux manifestants avaient été tués et 27 autres blessés à Taez (270 km au sud-ouest de Sanaa) dans une attaque à la grenade contre des manifestants.

Ce bilan porte à 11 le nombre des tués depuis le début du mouvement, qui ne faiblit pas en dépit des promesses de mesures sociales et économiques, dont une augmentation des salaires.

La multiplication des attaques contre les manifestants est "troublante", a jugé vendredi l'ambassade américaine au Yémen.

Etat pauvre de plus de 23 millions d'habitants, le Yémen est considéré par les Etats-Unis comme un participant stratégique dans la lutte contre les groupes terroristes inspirés par Al-Qaïda.

En Jordanie, huit personnes ont été blessées à Amman lorsque des partisans du gouvernement ont attaqué une manifestation de plusieurs centaines de jeunes appelant à des réformes politiques, selon des témoins.

Selon un site d'opposition, all4Syria.info, qui émet de Dubaï, plus d'une centaine de Syriens ont également manifesté jeudi à Damas contre la brutalité policière.

Dans le même temps, au Caire, où 18 jours de pression populaire ont provoqué la chute de Hosni Moubarak le 11 février, des centaines de milliers de personnes ont fêté vendredi la fin de l'ancien régime.

L'armée, qui n'est pas intervenue contre les manifestants et détient désormais le pouvoir, a suspendu la Constitution et dissous le Parlement, tout en s'engageant à préparer un retour à un pouvoir civil élu.

A l'occasion de la grande prière du vendredi sur la place Tahrir au Caire, symbole de la révolution, le théologien qatari d'origine égyptienne, cheikh Youssef Al-Qardaoui, très écouté dans le monde arabe, a appelé les leaders arabes à ne pas chercher à "arrêter l'Histoire" mais à écouter leurs peuples.

A Djibouti, qui abrite également une importante base militaire américaine, des heurts avec la police ont éclaté vendredi soir à la fin d'une manifestation de plusieurs milliers de personnes contre le régime du président Ismaël Omar Guelleh, au pouvoir depuis 1999.

 Et en Algérie, l'opposition reste déterminée à redescendre dans la rue samedi à Alger, malgré les promesses du pouvoir d'une levée de l'état d'urgence et de mesures pour répondre aux attentes des Algériens.