Le Nigeria reporte ses législatives à cause de problèmes d'organisation

2 avril 2011 à 15h25 par La rédaction

LAGOS (Nigeria) (AFP)

Le Nigeria a reporté samedi ses élections législatives en évoquant des failles dans l'organisation, un retard de mauvaise augure dans le pays le plus peuplé d'Afrique qui cherche à surmonter une histoire électorale entachée de fraudes et de violences.

L'élection des 360 membres de la chambre des représentants et des 109 sénateurs, la première d'une série de scrutins prévue dans le mois, a été reportée à lundi par la commission électorale, suscitant de vives réactions parmi des électeurs déçus, des partis politiques et des militants des droits de l'homme.

Les législatives doivent être suivies du scrutin le plus important, la présidentielle, le samedi 9 avril, puis le 16 d'élections régionales.

"Afin de préserver l'intégrité des élections et de conserver un contrôle général effectif du processus, la commission a pris la décision très difficile mais nécessaire de repousser au lundi 4 avril 2011 les élections à l'Assemblée nationale", a déclaré le chef de la commission électorale indépendante (INEC), Attahiru Jega.

Il a évoqué à la télévision des problèmes dans l'acheminement du matériel électoral dont des bulletins de vote, imputés à un fournisseur."Il s'agit d'une défaillance majeure.C'est une décision d'urgence terrible et malheureuse", a-t-il dit.

Le président nigérian Goodluck Jonathan, en lice pour le scrutin du 9 avril, a regretté ce faux départ tout en appelant les Nigérians à être patients."Si nous devons faire quelque chose, il vaut mieux reporter et le faire bien", a-t-il déclaré dans un communiqué.

Les réactions d'hommes politiques et de militants des droits de l'Homme au Nigeria n'ont pas tardé à fusé après l'annonce du report.

"C'est frustrant et décevant.C'est la preuve du déclin de nos institutions.Le report aurait dû être annoncé depuis hier (vendredi)", a regretté Femi Falana, avocat des droits de l'homme et président du Parti de la Conscience nationale.

"Cet incident relève tout à la fois du sabotage et de l'incompétence", a vitupéré le militant pour les droits de l'Homme, Shehu Sani.

Certains bureaux de vote avaient ouvert à l'heure mais d'autres n'avaient toujours pas reçu le matériel électoral à la mi-journée, comme dans l'Etat de Bayelsa (sud), d'où est originaire le président Jonathan.

A Jos (centre), Blessing, 30 ans, a attendu en vain depuis 06H30 (05H30 GMT) devant un bureau de vote."C'est mon droit de citoyen de choisir mes dirigeants.Nous n'avons vu personne (des responsables électoraux).Ils nous privent de nos droits", a-t-il dit.

La campagne électorale a été marquée par des violences, dont des attentats à la bombe et des attaques contre les manifestations politiques, ce qui avait incité les autorités à déployer de nombreux policiers et à fermer les frontières terrestres.

Quelques heures avant l'ouverture du scrutin, des membres présumés de la secte islamiste Boko Haram ont attaqué un poste de police dans le nord.La secte est accusée d'être derrière une série d'assassinats de policiers, de dirigeants communautaires et d'attaques d'églises au cours des derniers mois.

De son côté, le principal mouvement rebelle au Nigeria, le Mouvement pour l'émancipation du Delta du Niger (MEND), a annoncé samedi qu'il avait "annulé" des projets d'attaques à la bombe et d'attentat contre des installations pétrolières en raison des élections.

Le président de l'INEC, M. Jega, avait exhorté avant le scrutin de samedi le pays premier producteur africain de pétrole - partagé entre une population chrétienne et musulmane - à organiser des élections "crédibles" plus de 10 ans après le retour à un régime civil.

"Conduire ces scrutins avec succès est d'une importance capitale pour l'avenir de notre Nation", avait-il dit.