Le président Mugabe propose de tenir des élections en mars au Zimbabwe

Par La rédaction

HARARE (AFP) - (AFP)

Le président zimbabwéen Robert Mugabe a proposé jeudi d'organiser des élections en mars 2013, après un référendum constitutionnel en novembre, mais l'opposition a immédiatement contesté ce calendrier qu'elle juge "irréaliste".

Ces deux scrutins sont censés s'inscrire dans la "feuille de route" de la SADC (Communauté d'Afrique australe) pour sortir le pays d'une crise politique qui a failli le conduire à la guerre civile à 2008.

Cette année-là, le principal opposant à Robert Mugabe, Morgan Tsvangirai, était arrivé en tête du premier tour de l'élection présidentielle.Entre les deux tours, les partisans de M. Mugabe avaient déchaîné la violence contre ceux de M. Tsvangirai.

Pour éviter un bain de sang, ce dernier avait accepté de retirer sa candidature, laissant M. Mugabe seul en lice au second tour.

Suite à une médiation de la SADC, les deux hommes avaient ensuite accepté de s'engager dans une cohabitation forcée qui n'a pas apaisé les esprits.

Dans une requête adressée à la Haute Cour du Zimbabwe, et rendue publique jeudi, M. Mugabe fait part de son souhait d'organiser "des élections conjointes (législatives et présidentielle ndlr) dans la dernière semaine de mars 2013".

"Le référendum devrait avoir lieu durant la première semaine de novembre", ajoute-t-il, en référence à l'adoption d'une nouvelle loi fondamentale.

Si la Zanu-PF, le parti du président, a immédiatement fait savoir qu'elle était "prête" pour ces élections, le MDC (Mouvement pour un changement démocratique) de Morgan Tsvangirai a en revanche rejeté le calendrier proposé par M. Mugabe.

"C'est clairement infaisable aux dates proposées", a déclaré jeudi à l'AFP le porte-parole du MDC, Douglas Mwonzora: "La date des élections, particulièrement, est unilatérale, irréaliste et n'a aucun fondement logique ou légal".

"Nous voulons des élections dans des conditions qui permettent le secret du vote et la sécurité du processus et des électeurs", a-t-il ajouté, laissant entendre qu'il n'avait pas confiance dans la bonne foi de la Zanu-PF pour organiser des élections libres et démocratiques.

M. Mugabe, 88 ans ans, est au pouvoir depuis 1980.Il a déclaré un jour en plaisantant qu'il entendait rester président jusqu'à 100 ans, en dépit des rumeurs récurrentes sur son état de santé.

Cette controverse sur les dates masque en fait des désaccords beaucoup plus profonds entre les deux camps rivaux.

Pour l'analyste Phillan Zamchiya, membre de l'association Crisis in Zimbabwe coalition, la volonté de Mugabe d'organiser au plus des élections n'a rien d'une surprise: "Il a toujours essayé de hâter les élections, avant que ne soient adoptées les réformes démocratiques nécessaires à des élections libre et honnêtes".

Nombre d'analystes estiment en effet que les conditions ne sont pas actuellement réunies pour l'organisation d'un scrutin démocratique.La mainmise du camp du président sur les médias notamment, et la violence de ses partisans et de la police restent une réalité.

Par ailleurs, dans sa requête à la Haute Cour, le président Mugabe demande que soit annulées trois élections partielles, dans l'attente des élections générales: "L'idée politique derrière cela, décrypte M. Zamchiya, c'est que la Zanu-PF n'a aucune chance de gagner l'une d'entre elles (parce qu'elles se tiennent dans des places fortes de l'opposition ndlr), et que cela va avoir un impact négatif sur le parti à quelques mois d'élections générales".

Le projet de Constitution, qui devrait être soumis aux électeurs en novembre, est aussi un sujet de discorde entre MDC et Zanu-PF.

Les experts des deux partis ont mis la dernière main en juillet à ce texte, mais des proches du président Mugabe en ont ensuite vivement contesté certains points, estimant que les pouvoirs du chef de l'Etat étaient trop réduits.

Morgan Tsvangirai, 60 ans, a fait savoir, le 28 août, qu'il était hors de question de renégocier le projet, qui devrait être soumis tel quel à l'approbation populaire.