Le président rwandais Paul Kagame interpellé sur les droits de l'Homme à Paris

Par La rédaction

PARIS (AFP) - (AFP)

   Le président du Rwanda Paul Kagame a été interpellé lundi par des ONG sur la situation des droits de l'Homme dans son pays, au deuxième jour d'une visite aussi symbolique que controversée à Paris, dominé par un déjeuner avec son homologue français Nicolas Sarkozy.

"Il n'y a que Human Rights Watch qui ne voit jamais de progrès au Rwanda" et "nous allons continuer à faire de notre mieux pour notre peuple", a lancé le président rwandais lors d'une conférence à l'Institut français des relations internationales (Ifri).

Lors d'une séance de questions-réponses, un représentant de l'ONG HRW avait demandé à Paul Kagamé ce qu'il comptait faire en matière de droits de l'Homme, citant la détention d'opposants politiques à son régime.Un membre de Reporters sans frontières (RSF) a enchaîné en évoquant la fermeture temporaire de journaux et des journalistes tués ou devant fuir le pays.

"Je ne comprends pas de quoi vous voulez parler", a répondu le président Kagamé, en déniant à ces organisations le droit de s'ériger en professeurs des droits de l'Homme dans son pays.

 Au cours des dernières années, les organisations de défense des droits de l'Homme ont à plusieurs reprises critiqué l'évolution du régime rwandais vers l'autocratie.

"Au Rwanda, la situation des droits de l'homme demeure extrêmement préoccupante et les violations ont culminé lors de la dernière campagne électorale", a souligné ainsi vendredi la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH).

Des experts ont par ailleurs noté que les Etats-Unis, préoccupés sur le même sujet, avaient pris leurs distances avec Kigali sous le deuxième mandat présidentiel de Paul Kagamé.

La première visite en France du président tutsi depuis le génocide de 1994 vise à parachever une réconciliation avec Paris après un déplacement à Kigali de Nicolas Sarkozy en février 2010.Le président français avait alors reconnu une "forme d'aveuglement" de la France pour n'avoir pas "vu la dimension génocidaire" du régime rwandais hutu d'alors avec qui Paris entretenait, notamment sur un plan militaire, des liens étroits.

La venue en France de Paul Kagamé se heurte toutefois à des remous au sein de la classe politique - le chef de la diplomatie française Alain Juppé a opportunément choisi un lointain déplacement en Asie pour ne pas être à Paris en ce début de semaine - et chez les militaires français, toujours accusés par Kigali d'être impliqués dans des massacres de Tutsi il y a 17 ans.Le président du Sénat, Gérard Larcher, deuxième personage de l'Etat, a aussi refusé de le recevoir.

Les journaux français insistaient lundi sur les ombres qui continuent de planer sur les relations franco-rwandaises depuis ce génocide dans lequel ont péri entre avril et juin 1994 800.000 personnes, en majorité Tutsi."La France s'excusera-t-elle?", titrait ainsi Libération (gauche) tandis que le quotidien catholique La Croix parlait d'un "fragile dialogue".

"Nous travaillons ensemble pour voir comment échapper à l'Histoire, pour avancer", a affirmé dimanche M. Kagamé lors d'une rencontre avec la diaspora rwandaise, en évoquant le nouveau partenariat qu'il entend mettre en place avec la France.

En reconnaissant que "cette visite ne fait pas plaisir à un certain nombre de personnes", la présidence française a souligné elle aussi que Nicolas Sarkozy voulait "tourner la page des relations douloureuses de la France avec le Rwanda".

Outre la coopération bilatérale, les deux dirigeants devaient aussi parler lors de leur déjeuner des grands dossiers internationaux et de la place de l'Afrique dans la nouvelle gouvernance mondiale.

Paul Kagamé devait achever sa visite officielle par une rencontre mardi avec le patronat français, incité à investir dans un pays aujourd'hui très différent, selon lui, de ce qu'il était il y a une décennie.