Le régime égyptien joue l'apaisement, nouvelles manifestations prévues

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

De nouvelles manifestations sont prévues mardi en Egypte pour marquer le début de la troisième semaine de révolte sans précédent contre le président Hosni Moubarak qui tente de gagner du temps en annonçant des hausses de salaires et une enquête sur les violences sanglantes.

Sur la place Tahrir, symbole de la contestation dans le centre du Caire, la mobilisation ne faiblit pas, malgré les nuits fraîches, la fatigue et les conditions de vie spartiates sur ce rond-point devenu un village de tentes retranché. 

"Cela fait cinq jours que je suis là", lance fièrement Mohammed Ali, ingénieur originaire de Fayoum, au sud du Caire."Nous resterons jusqu'à ce que Moubarak parte".  "Il n'y a pas eu de personnes blessées ces deux derniers jours", souligne Mohammed Imed, 24 ans."Mais il y a de diarrhées, des grippes, des rhumes, il fait froid et les conditions sanitaires son très mauvaises", dit-il alors que les files d'attente se forment devant les toilettes publiques des alentours.

M. Moubarak, 82 ans, qui ne semble pas vouloir lâcher le pouvoir après 29 ans à la tête de l'Etat, a promis à partir du 1er avril une hausse de 15% des salaires des fonctionnaires et des retraites, dans un souci d'apaisement.

Il a aussi demandé la formation d'une commission d'enquête sur les violences du 2 février place Tahrir, où des affrontements meurtriers ont opposé partisans et détracteurs du régime. M.Moubarak "a donné des instructions pour la création d'une commission d'enquête transparente, indépendante et impartiale, (composée) de personnalités égyptiennes connues pour leur honnêteté et crédibilité afin d'enquêter sur les évènements de mercredi dernier", a écrit l'agence officielle Mena.

"Le gouvernement se préoccupe du citoyen égyptien et veut améliorer son niveau de vie", a renchéri le Premier ministre Ahmad Chafic, après une première réunion du nouveau gouvernement formé après l'éclatement de la crise qui secoue le pays depuis le 25 janvier.

 Ces annonces ont été faites au lendemain du lancement d'un dialogue national entre pouvoir et opposition, comprenant pour la première fois depuis 50 ans les Frères musulmans,  bête noire du régime Moubarak.

Le président américain Barack Obama a estimé que le processus politique enregistrait des "progrès".

Les scénarios sur un départ de M. Moubarak continuait dans la presse étrangère.Le site internet allemand d'information Spiegel Online écrit qu'il pourrait venir effectuer "un bilan médical prolongé" en Allemagne, évoquant des réflexions "concrètes" en faveur d'une telle solution. Mais le gouvernement allemand a assuré qu'il n'y avait eu "ni demande officielle, ni demande officieuse concernant un tel séjour".

Dans tous les cas, les mesures politiques annoncées n'ont pas apaisé la colère des protestataires qui exigent toujours un départ immédiat de M. Moubarak, alors que celui-ci s'est dit prêt à s'effacer à la fin de son cinquième mandat en septembre 2011. Des groupes pro-démocratie ont ainsi appelé sur internet à de nouvelles manifestations mardi dans les grandes villes, pour marquer le début de la troisième semaine de révolte.

 La place Tahrir, énorme rond-point du centre du Caire, est aujourd'hui occupée en permanence par des milliers de manifestants dans une ambiance de kermesse.Et le manifestations rassemblent des activistes politiques mais aussi des citoyens ordinaires qui ont mis fin à leur mutisme pour exprimer publiquement leur ras-le-bol du régime de M. Moubarak.

Parallèlement de nouveaux magasins et restaurants, et de nombreux cairotes reprenaient le chemin du travail.

La durée du couvre-feu a été encore réduite dans la capitale, à Alexandrie (nord) et Suez (est) -désormais en vigueur de 20H00 (18H00 GMT) à 06H00 (04H00 GMT). 

Cependant la Bourse du Caire, fermée depuis le 30 janvier, ne rouvrira que le 13 février.

Devenu une figure de la mobilisation, Wael Ghonim, un cadre égyptien du géant américain de l'internet Google, a été relâché lundi.

Depuis le 3 février, les manifestations se déroulent le plus souvent dans le calme.Des heurts entre policiers et manifestants pendant les premiers jours de la contestation, puis entre militants favorables et opposés à Hosni Moubarak le 2 février, ont fait au moins 300 morts, selon un bilan non confirmé de l'ONU, et des milliers de blessés, selon des sources officielles et médicales.