Le Rwanda a inauguré un centre de documentation sur le génocide

11 décembre 2010 à 12h58 par La rédaction

KIGALI (AFP)

Le Rwanda a inauguré vendredi soir un centre national de documentation qui se veut à l'avenir "dépositaire de toute l'information en rapport avec le génocide" des Tutsi de 1994, une structure réalisée grâce à un partenariat avec l'ONG britannique Aegis Trust.

Perpétré par des extrémistes hutu, le génocide d'avril à juillet 1994 a fait, selon l'ONU, près de 800.000 tués.

Première structure de cette envergure au Rwanda, le nouveau centre, situé au mémorial du génocide de Kigali, "est d'une très grande importance pour le Rwanda", selon le ministre de la Culture Joseph Habineza.

"Les archives y seront digitalisées, ce qui permettra une conservation et une consultation plus faciles.A partir des informations dont dispose déjà le centre, les chercheurs pourront poursuivre leur travail pour en savoir plus, car toute la vérité n'a pas encore été dite sur le génocide", a indiqué le ministre à l'AFP.

"Créé par Aegis Trust en partenariat avec la Commission nationale rwandaise de lutte contre le génocide (CNLG), le centre d'archives sur le génocide au Rwanda deviendra le dépositaire unifié de toute l'information en rapport avec le génocide" des Tutsi, indique l'ONG dans un communiqué.

"Des pièces originales audiovisuelles, documentaires et photographiques" y seront conservées "dans un environnement sûr et contrôlé, géré conformément aux normes internationales".

"Ses programmes de recherche continueront à collecter des pièces matérielles de la période du génocide, à cartographier et rassembler l'information sur les sites du génocide, et enregistrer les témoignages de survivants", poursuit le communiqué.

Le centre dispose aujourd'hui de plus de 1.500 enregistrements audiovisuels et plus de 20.000 documents écrits et photographies.

Il s'agit d'extraits d'émissions de la radio et de la télévision nationales rwandaises ainsi que de la presse écrite, d'enregistrements des procédures devant les juridictions populaires gacacas -- chargées de juger les perpétrateurs du génocide --, de documents recueillis à l'Université nationale du Rwanda, au Musée national, aux Archives nationales et auprès d'institutions privées ainsi qu'à l'étranger, en particulier en France.

S'ajoutent des pièces données à titre individuel par des survivants ou rassemblées directement par les chercheurs de terrain d'Aegis Trust.

Certes, reconnaît le directeur du centre, Yves Kamuronsi, "la collection initiale est relativement modeste" mais l'objectif était, selon lui, de mettre en place cette structure "le plus tôt possible".Il ne doute pas que l'initiative bénéficiera des appuis financiers nécessaires et que de nouveaux matériaux viendront enrichir la collection de départ.

D'autres archives en rapport avec le génocide des Tutsi sont actuellement conservées par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) basé à Arusha, en Tanzanie, et dont la fermeture est prévue en 2013.Les autorités rwandaises ont toujours fait valoir leur droit de conserver ces documents mais le Conseil de sécurité de l'Onu qui a créé le tribunal n'a pas encore décidé.

"Nous l'avons dit clairement aux Nations unies et cela n'a pas changé.Ces archives étant une partie de l'histoire de notre pays, nous sommes la destination la plus logique" pour les recueillir, déclarait encore le mois dernier le procureur général du Rwanda, Martin Ngoga.