Le Sénégal suspend la mesure d'expulsion d'Hissène Habré

Par La rédaction

DAKAR (AFP) - (AFP)

Le Sénégal a suspendu la mesure d'expulsion de l'ancien président tchadien Hissène Habré à la suite de l'opposition de l'ONU, a annoncé dimanche le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Madické Niang.

"Le Sénégal suspend la mesure d'expulsion contre Hissène Habré compte tenu de la demande faite par Mme la Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme" dimanche matin, a déclaré M. Niang dans une intervention rentransmise à la radio-télévision nationale RTS.

Il a ajouté que son pays allait engager "immédiatemment des consultations avec l'ONU, l'Union africaine (UA) et la communauté inernationale" pour "qu'une solution puisse intervenir rapidement".

Il a affirmé que la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), en suggérant en 2010 la création d'une juridiction spéciale pour juger Hissène Habré, accusé de crime de guerre et de crimes contre l'humanité, "interdisait" au Sénégal "de juger M. Habré".

Selon lui, un tribunal spécial est une "solution inacceptable pour le Sénégal qui s'était engagé à faire juger Hisène Habré par ses propres juridictions et magistrats, et non par une nouvelle juridiction dont les fondements sont discutables".

Le Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi Pillay, avait appelé dimanche le Sénégal à revoir sa décision de renvoyer l'ex-président tchadien Hissène Habré dans son pays, avertissant que cette extradition pourrait constituer "une violation du droit international".

Le Sénégal avait annoncé vendredi qu'il allait renvoyer lundi à N'Djamena l'ancien président tchadien, exilé à Dakar depuis sa chute du pouvoir en 1990, faisant valoir la nécessité de se conformer à la demande de l'Union africaine (UA) de "le juger ou l'extrader", selon le gouvernement sénégalais.

Interrogé sur la suspension de l'expulsion, un des avocats français d'Hissène Habré présent à Dakar, François Serres, "prend acte" que le président sénégalais Abdoulaye Wade "accepte de constater qu'il a violé une nouvelle fois le droit et qu'il accepte d'en payer les conséquences".

"Nous allons poursuivre l'ensemble des procédures" contre la décision d'expulsion "devant les juridictions du Sénégal et de la Cédéao", a-t-il ajouté à l'issue d'une conférence de presse.

Selon lui, Hissène Habré, qu'il avait rencontré avant la décision de suspendre l'expulsion, "a dit que s'il doit retourner au Tchad, ce sera dans un cercueil.Il invoque son droit à la résistance à tout ordre illégal et illégitime".

"Il s'opposera à son renvoi jusqu'à la dernière goutte de sang, ce sont ses termes", avait déclaré un autre de ses avocats sénégalais, El Hadj Diouf.