Législatives au Maroc: les islamistes veulent croire en la victoire comme en Tunisie

21 novembre 2011 à 12h25 par La rédaction

RABAT (AFP) - (AFP)

Encouragé par la forte poussée d'Ennahda en Tunisie, le principal parti politique islamiste au Maroc table sur une victoire aux législatives de vendredi, qui lui permettrait d'entrer pour la première fois au gouvernement, mais le pari n'est pas gagné d'avance.

Deuxième force politique au parlement avec 47 sièges, le Parti Justice et développement (PJD, modéré), qui est dans l'opposition, est aujourd'hui l'un des favoris de ces législatives anticipées.

"A ceux qui pensent que nous sommes favoris, je réponds: effectivement, vous avez tout à fait raison", déclarait samedi à l'AFP le secrétaire général du PJD, Abdelilah Benkirane.

Surfant sur la montée en puissance de l'islam politique dans une zone qui va de la Turquie à la Tunisie, le PJD aspire plus que jamais à diriger le futur gouvernement.

"C'est toujours difficile d'assumer une responsabilité gouvernementale, mais on va essayer.Le prophète a dit: celui qui assume une responsabilité sera fatalement aidé", commente M. Benkirane.

"Nous sommes un mal nécessaire", plaisante quant à lui Lahcen Daoudi, le président du groupe parlementaire du PJD dans un entretien à l'AFP, sans cacher la difficulté d'avoir à gouverner dans une coalition.

La nouvelle Constitution oblige le roi à nommer le Premier ministre au sein du parti qui aura obtenu le plus grand nombre de sièges au parlement.

A ce sujet, le PJD se veut rassurant: "la Constitution donne au roi le droit de nommer n'importe qui du PJD comme chef du gouvernement, si nous gagnons.Cela ne me dérangerait pas s'il ne me désignait pas", a souligné M. Benkirane.

"Néanmoins, nous aussi nous gardons notre droit d'accepter ou refuser son choix", nuance-t-il.

En vue des législatives, le PJD cherche depuis quelques mois à paraître comme un parti "fréquentable", multipliant les déclarations de nature à réduire la méfiance supposée du roi Mohammed VI, à en croire un télégramme diplomatique américain d'août 2005 et révélé par le site Wikileaks.

"Lorsque vous parlez des islamistes, qu'ils soient modérés ou extrémistes, ils sont tous anti-américains", aurait affirmé le souverain chérifien à un sénateur américain, selon ce câble.

"Ne soyez pas dupes parce qu'ils semblent raisonnables et très agréables", aurait-il ajouté.

"Les rapports entre le roi et moi sont basés sur le respect, et si le roi ne m'aime pas, ce n'est pas mon problème.Il finira certainement par nous aimer lorsqu'il verra notre travail", répondait récemment le dirigeant islamique.

"Même s'il n'est pas le seul favori, le PJD s'efforce de paraître tout à fait fréquentable", souligne le politologue Mohamed Darif.

En octobre dernier, lors de la présentation du programme de son parti, M. Benkirane avait donné des gages aux alliés occidentaux du Maroc, et notamment mis en avant "la priorité donnée à l'Europe et les Etats-Unis, avant l'Afrique et les pays arabes, parce que nous sommes conscients de l'importance de ces deux partenaires".

"Nous sommes réalistes", avait-il lancé.

Adoptant un discours plus ambigu face aux défenseurs de la laïcité, M. Benkirane déclare à l'AFP qu'il n'est pas "contre la laïcité" dans l'absolu, mais "contre la laïcité au Maroc".

Selon la nouvelle Constitution approuvée par référendum en juillet, le Maroc est un Etat musulman, "opposé à toute discrimination" religieuse et culturelle, et prône le "droit à la vie".

Il n'en faut pas plus pour faire craindre à certains de possibles tensions avec les islamistes sur l'interprétation des nouveaux textes.