Les artistes congolais déclarent la guerre aux « Combattants »

Par La rédaction

C'est la riposte des artistes congolais face aux « Combattants ». Réunis dans l'association « A nous le Congo », à l'initiative du chanteur Werrason, les artistes congolais ont défilé le 23 août à Kinshasa au cours d'une « marche pacifique ». Ils ont déposé à la Primature un mémo dans lequel ils demandent au gouvernement le renforcement de leur sécurité à l'étranger.Le bras de fer dure depuis des mois. Les artistes congolais en Europe, et notamment en France, sont victimes de diverses actions visant à les empêcher de se produire sur scène. Motif : ils sont accusés de soutenir le régime Kabila et d'inciter dans leurs chansons la jeunesse au libertinage et à la débauche. Plusieurs concerts ont ainsi été sabotés ou annulés, et Werrason a été agressé et légèrement blessé en juin dernier lors d'une agression dans un restaurant de Seine-Saint-Denis.Mais qui sont ces « Combattants » responsables de ces actions de boycott ? Membres du mouvement « Bana Congo » (« les enfants du Congo »), jeunes ou moins jeunes, étudiants, informaticiens ou cadres de banques, ils partagent tous une ambition : susciter un sursaut national qui remettra leur pays sur les rails�?� depuis l'extérieur. Aux revendications politiques s'en ajoutent d'autres : « Nous en avons marre des chansons qui n'évoquent que des choses en dessous de la ceinture et des danses obscènes exécutées par les danseuses », « Il faut que les pays occidentaux ouvrent les yeux sur ce qui se passe en RDC et refusent de collaborer avec ce gouvernement ». La première action des « combattants » a eu lieu à Londres, en 2005, prenant pour victime JB Mpiana. Alors qu'il devait se produire dans un cabaret bien connu de la diaspora congolaise, une vingtaine de manifestants en a bloqué l'accès. Depuis, la méthode s'est exportée partout en Europe. En 2008, Koffi Olomidé n'a pu se produire à Londres ; en 2009, à Bruxelles, ce fut au tour de Tshala Muana, de JB Mpiana en 2010, de Werrason et de Papa Wemba à Paris début 2011�?�Dans leur mémo, les artistes musiciens déplorent l' «indifférence manifeste» des gouvernements des Etats en coopération avec la RDC, tels que la France, la Belgique, l'Allemagne, la Hollande, le Canada, le Royaume-Uni, les Etats-Unis. Ils formulent à l'attention des Etats concernés, par le biais de leurs représentations diplomatiques à Kinshasa, quelques recommandations, à savoir que les dispositifs d'ordre sécuritaire soient renforcés « dans le cadre de la protection des droits humains » .La communauté congolaise, elle, reste divisée sur la question. Si certains disent comprendre et approuver les motivations des Bana Congo, d'autres regrettent de voir la culture « prise en otage ». Mais les Combattants, eux, ne doutent pas un instant de la justesse de leur lutte, surtout à l'approche de l'élection présidentielle du 28 novembre�?� Ils postent les vidéos de leurs actions sur internet, et Odon Mbo, membre du mouvement parisien, rêve que la révolution arabe s'exporte jusqu'en RDC�?�Clémence Mortier