Les Bissau-Guinéens élisent leurs députés pour sortir d'une inextricable crise

10 mars 2019 à 11h26 par AFP

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Les Bissau-Guinéens élisaient dimanche leurs députés avec l'espoir que le scrutin contribue à sortir ce petit pays lusophone d'Afrique de l'Ouest, longtemps réputé pour son instabilité, d'une interminable crise au sommet de l'Etat et non à l'y replonger.

Quelque 760.000 électeurs sont appelés aux urnes de 07H00 à 19H00 (GMT et locales) pour un scrutin à la proportionnelle à un tour, avec pour la première fois un minimum de 36% de femmes candidates sur les listes des 21 partis en lice, pour 102 sièges à pourvoir.Les premiers résultats sont attendus dans les 48 heures.

"Cela n'a pas été facile, mais je suis heureux aujourd'hui parce que depuis 1994, année de l'ouverture démocratique, aucune législature n'est arrivée à terme", a déclaré le chef de l'Etat José Mario Vaz, après avoir voté dans la matinée près de la présidence, en référence à l'instabilité chronique du pays.

Son grand rival, Domingos Simoes Pereira, chef du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), dont M. Vaz est également issu, a voté en banlieue de la capitale.

La crise a éclaté en août 2015 lorsque le président M. Vaz a limogé M. Pereira, qui était alors son Premier ministre.

Jusqu'à la désignation en avril 2018, grâce à une médiation de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), d'un Premier ministre de consensus chargé d'organiser ces élections, le Parlement a été bloqué pendant deux ans, empêchant le vote du budget, et retardant encore le paiement des fonctionnaires, source perpétuelle de grèves dans ce pays financièrement précaire.

Cette crise inquiète d'autant plus la communauté internationale que l'élection de M. Vaz avait marqué un retour progressif à l'ordre dans ce pays caractérisé par l'instabilité - avec des tentatives de putsch à répétition - qui a favorisé l'implantation de trafiquants de drogue sous la protection de hauts gradés.

- "Vraiment fatigués" -

L'un d'entre eux, l'ancien chef de la Marine Bubo Na Tchuto, rentré au pays en 2016 après avoir purgé une peine de prison aux Etats-Unis pour trafic de drogue, a d'ailleurs voté dans le même bureau que le président Vaz, où les électeurs se sont massés dès l'ouverture.

"Je suis venu voter parce que je veux le développement de mon pays", a affirmé Victor Pereira, 42 ans, statisticien dans une organisation internationale, souhaitant "que la journée soit tranquille".

Pour Suncar Fati, chauffeur de profession, "il faut payer les professeurs et aussi augmenter les salaires des gens.Car avec ce que nous gagnons, nous pouvons à peine acheter un sac de riz".

Une douanière, Sonila Loreto Gomes "espère que celui qui gagnera aura l'ambition de développer ce pays et qu'il donnera la priorité à la Guinée-Bissau pour la faire avancer.Car nous sommes vraiment fatigués".

Le PAIGC (actuellement 42 sièges), le Madem-G15, formé par 15 députés frondeurs de l'ex-parti unique qu'ils ont amputé de sa majorité, et le Parti du renouveau social (PRS, 41 sièges), réputé proche d'une partie de la hiérarchie militaire, espèrent s'imposer, le Premier ministre étant issu de la formation victorieuse dans ce régime parlementaire inusité dans la région.

"Ce sont les élections les plus disputées de l'histoire de la Guinée-Bissau", a déclaré à l'AFP l'analyste politique Rui Landim.

A la veille du scrutin, après trois semaines d'une campagne généralement calme, malgré un climat de méfiance autour de la révision des listes électorales, des heurts ont éclaté à Gabu (est), selon des témoins.

- "Non-ingérence" -

Des jeunes ont lancé des pierres sur une délégation du PAIGC conduite par le Premier ministre Aristide Gomes et le président de l'Assemblée nationale, Cipriano Cassama, qu'ils accusaient de tenter d'acheter les voix de femmes et de personnes âgées, ce que le parti a démenti.

Le scrutin est supervisé notamment par des observateurs de l'Union africaine (UA) et de la Cédéao, dont une force, l'Ecomib, est déployée dans le pays depuis 2012 pour y sécuriser la transition politique après le dernier putsch, qui avait interrompu la présidentielle cette année-là.

L'annonce des résultats est généralement source de tensions dans ce pays, où l'armée a été mise en état d'alerte, ont affirmé samedi à l'AFP des sources militaires.

Un succès du PAIGC pourrait conduire à une nouvelle confrontation avec M. Vaz, alors qu'une élection présidentielle doit également se tenir d'ici à la fin du premier semestre.

Dans une résolution du 28 février, le Conseil de sécurité de l'ONU a salué la "retenue" des forces armées, insistant sur la nécessité qu'elles "continuent de s'abstenir de toute ingérence dans la situation politique".

Initialement fixé au 18 novembre, le scrutin a été reporté de quatre mois en raison de problèmes politiques et techniques, notamment dans l'enregistrement des électeurs.