Les Djiboutiens ont voté, Guelleh promis à une réélection

Par AFP

AFRICA RADIO

Les Djiboutiens ont voté vendredi pour élire leur président, un scrutin où le sortant Ismaël Omar Guelleh, inamovible leader de ce petit pays stratégique de la Corne de l'Afrique, semble promis à une réélection certaine. 

Face à "IOG", qui a remporté avec plus de 75% des voix chaque présidentielle à laquelle il a participé, les chances du seul autre candidat, Zakaria Ismail Farah, un homme d'affaires de 56 ans fraîchement débarqué en politique, semblaient maigres.

Les quelque 215.000 électeurs inscrits (sur une population totale de 990.000 personnes) étaient invités à se rendre entre 06h00 et 19h00 (03h00 à 16H00 GMT) dans l'un des 529 bureaux de vote du pays, en majorité situés dans la capitale Djibouti-ville.

Peu après la fermeture, les opérations de dépouillement allaient commencer et les résultats étaient attendus dans la nuit. 

Vendredi midi, le président sortant, vêtu de vêtements traditionnels immaculés, a voté accompagné d'une nuée d'officiels, d'officiers de sécurité et de journalistes et s'est dit "très, très confiant" lors d'une brève déclaration en français. 

"(Le vote) s'est déroulé dans de bonnes conditions (...) Maintenant, nous allons attendre les résultats", a-t-il ajouté en langue somali.

Depuis 22 ans au pouvoir, M. Guelleh, 73 ans, se présente pour un cinquième et, théoriquement, dernier mandat à la tête de ce petit pays stratégique de la Corne de l'Afrique, dont il a su exploiter la position géographique, aux confins de l'Afrique et de l'Arabie. 

Ce scrutin se dessine néanmoins comme un dernier tour de piste pour M. Guelleh, qui aura, lors de la prochaine élection en 2026, dépassé la limite d'âge de 75 ans imposée par la Constitution. 

- "Ça ne sert à rien" -

Après la fermeture, M. Farah, qui ne répondait plus depuis plusieurs heures aux sollicitations de l'AFP, n'avait été vu dans aucun bureau de vote. 

"Ça ne sert à rien mon vote, ni les votes de 80% du peuple djiboutien", a-t-il écrit plus tôt dans un message, sans donner plus d'explications. 

Dans un second message, M. Farah a vivement critiqué l'absence de ses délégués dans les bureaux de vote, semblant signifier qu'ils avaient été empêchés d'entrer. 

Mais le chef de la mission d'observation de l'Union africaine (UA), Ahmed Tidiane Souare, a déclaré à la presse à la mi-journée que son équipe n'avait "pas rencontré de délégués" de l'opposant dans les bureaux de vote visités, précisant qu'il ne s'agissait pas d'une "obligation". 

"Jusque-là, tout se passe dans les règles et dans le calme", a ajouté l'ancien Premier ministre guinéen. 

- Discours uniforme - 

Les quatre premiers mandats de M. Guelleh ont été marqués par un exercice du pouvoir autoritaire laissant peu de place à la contestation ou à la liberté de la presse, mais aussi par un développement de l'économie, reposant sur l'essor des ports et des structures logistiques.

Ce territoire désertique, situé face à une des voies maritimes les plus empruntées au monde, est devenu un carrefour commercial à travers lequel transitent l'essentiel des biens importés par son voisin éthiopien, un géant sans accès à la mer. Il accueille également d'importantes bases militaires étrangères (Etats-Unis, France, Chine, Japon). 

D'abord timide, en cette matinée électorale qui précédait la prière du vendredi, la plus importante de la semaine dans ce pays musulman, l'affluence s'est intensifiée en fin d'après-midi. 

Dans les bureaux de vote visités par l'AFP dans différentes zones de Djibouti-ville, les électeurs affichaient un discours uniforme, presque mécanique, en faveur du président sortant. 

"Le Président de l'avenir est Ismaël Omar Guelleh(...) Nous espérons qu'il sortira victorieux de l'élection.Deuxièmement, le développement du pays est en marche grâce à lui.Et nous espérons continuer sur cette voie", affirme en somali Nimo Osman Elmi, une secrétaire de 42 ans, qui votait dans le quartier populaire de Balbala.

Plusieurs jeunes électeurs, souvent sans emploi, l'appelaient à aider la jeunesse voire à changer de politique, mais assuraient voter pour lui.

A Ambouli, quartier de naissance de M. Farah, le "candidat indépendant" ne semblait pas connaître plus d'engouement. 

"Il habitait à Ambouli, il a grandi ici.On a juste jamais vu quelque chose qu'il a fait avant.Il a très peu de soutien", estime à son propos Ayanleh Omar, 30 ans, ancien instituteur au chômage. 

La croissance djiboutienne, qui devrait atteindre +7% en 2021 après une récession en 2020 liée au Covid-19, bénéficie peu à la population, touchée à 21,1% par la pauvreté extrême, selon des données 2017 de la Banque mondiale.