Les Etats-Unis hésitent devant une opération militaire en Libye

2 mars 2011 à 21h17 par La rédaction

WASHINGTON (AFP)

L'administration Obama, en quête de solutions à la violence qui se poursuit en Libye, s'est montrée prudente mercredi sur la question d'une intervention militaire pour déloger du pouvoir Mouammar Kadhafi, veillant toutefois à "n'écarter aucune option".

"Il y a beaucoup de prudence au sujet des actions que nous pourrions engager dans d'autres domaines que le soutien aux missions humanitaires", a lancé la secrétaire d'Etat Hillary Clinton lors d'une audition au Sénat à Washington.

La chef de la diplomatie américaine a décrit une situation fluctuante, dont l'issue apparaît incertaine alors que les troupes fidèles au colonel Kadhafi tentent des contre-attaques.

Les Etats-Unis, a-t-elle expliqué, redoutent le risque qu'à long terme, "la Libye s'enfonce dans le chaos et devienne une Somalie géante", c'est-à-dire un territoire sans loi ni gouvernement, dans lequel Al-Qaïda pourrait trouver un lieu sûr.

Hillary Clinton a également pris acte de la mise en garde de la Ligue arabe envers une intervention militaire étrangère.

"La question difficile de savoir s'il faut une intervention pour aider ceux qui s'opposent en Libye (au régime Kadhafi), et sous quelle forme, est très controversée en Libye et dans la communauté arabe", a-t-elle souligné.

Les ministres arabes réunis au Caire affirmaient au même moment "le refus catégorique de toute sorte d'intervention étrangère en Libye", soulignant "la nécessité de respecter l'unité nationale de la Libye, sa souveraineté et son intégrité territoriale".

La Ligue arabe envisage toutefois de soutenir une zone d'exclusion aérienne en Libye, une idée débattue depuis une semaine par les Etats-Unis et leurs alliés de l'Otan.

Les sénateurs américains, en particulier le chef de la commission des Affaires étrangères John Kerry -- un allié démocrate du président Barack Obama -- soutiennent une telle initiative, qui serait lourde à mettre en oeuvre.

"Nous avions fait face à une situation semblable dans les Balkans" à la fin des années 90, a rappelé à ce sujet Hillary Clinton.

"Il avait été finalement considéré (qu'une telle zone serait) dans l'intérêt de la paix et de la stabilité dans la région.Je pense que nous sommes loin d'une telle décision" dans le cas de la Libye, a-t-elle conclu.

Pour autant, les Etats-Unis "n'écarteront aucune option tant que le gouvernement libyen tournera ses armes contre son peuple", a-t-elle souligné, comme elle le fait depuis plusieurs jours.

Deux navires de guerre américains, dont le porte-hélicoptères USS Kearsarge, ont traversé le canal de Suez et rejoint mercredi la Méditerranée pour se positionner au large de la Libye.

Les deux navires seraient capables d'assurer un soutien à des opérations humanitaires aussi bien que militaires.Mais dans l'immédiat, les moyens militaires américains semblent mobilisés pour un soutien à des opérations humanitaires.

Alain Juppé, le nouveau ministre français des Affaires étrangères, avait lui aussi observé mardi qu'une intervention militaire en Libye pourrait être "extrêmement contre-productive" dans l'opinion arabe.

Elliott Abrams, un analyste conservateur souvent prompt à taxer l'administration Obama de mollesse, a jugé mercredi l'hésitation américaine "compréhensible".

"Une intervention directe", écrit-il dans son blog du Centre des relations étrangères (CFR), "priverait les Libyens de ce que les Egyptiens et les Tunisiens ont gagné en se débarrassant des dictatures sans intervention étrangère: le sentiment de contrôler le destin de leur pays".

M. Abrams suggère un moyen terme, qui serait d'armer l'opposition à Kadhafi.