Les islamistes confiants et organisés pour le premier scrutin de l'après-Moubarak

29 novembre 2011 à 11h38 par La rédaction

LE CAIRE (AFP) - (AFP)

 Fayiz Mohammed, un volontaire des Frères musulmans de 40 ans, sourit volontiers en regardant les électeurs faire la queue pour voter lors du premier scrutin de l'après-Moubarak en Egypte, confiant dans le succès de la confrérie.

Cela fait 20 ans que Fayiz Mohammed est engagé auprès des Frères musulmans, malgré les interdictions répétées dont le mouvement a fait l'objet, en particulier sous Hosni Moubarak, l'ancien président chassé par la rue en février.

Mais auparavant, il restait sur ses gardes quand il était chargé de surveiller des élections, pour lesquelles les candidats de la confrérie des Frères musulmans, officiellement interdite, se présentaient sous des étiquettes d'indépendants. "C'est la première fois que je me sens en sécurité ici.C'est une sensation formidable.Avant, on était toujours pourchassés et passés à tabac", explique cet ingénieur debout à côté de deux femmes voilées qui dirigent les électeurs vers leur bureau de vote.

 Outre cette nouvelle liberté, Fayiz Mohammed goûte aussi au parfum de la victoire."Nous allons gagner.Cela fait longtemps que nous travaillons pour le peuple.Ils nous connaissent", explique-t-il. Les analystes indépendants estiment comme lui que les Frères musulmans devraient sortir de ce scrutin, dont les résultats complets ne seront pas connus avant le début de l'année prochaine, comme la principale force politique du pays, sans toutefois obtenir la majorité absolue.

  Le parti "Liberté et Justice" des Frères musulmans a envoyé des centaines d'observateurs comme lui à travers le pays pour surveiller le scrutin après des mois de campagne qui ont bouleversé le système politique égyptien. Dans une salle de contrôle établie au siège du parti au Caire, d'autres volontaires reçoivent et traitent les rapports des observateurs sur le terrain, qui font remonter ce qu'ils peuvent sur la participation et les sondages à la sortie des urnes.

"Pour la première fois, la Sûreté de l'Etat et le Parti national démocratique (ancien parti de M. Moubarak) ne sont pas là.L'ambiance est différente", assure le coordinateur de la salle d'opérations, Mohammed Saad.

 Au siège du parti, les leaders, qui ont tous fait de la prison sous Moubarak, en sont persuadés: les Frères musulmans vont connaître leur plus grand triomphe depuis leur fondation en 1928, l'année de naissance du président déchu.

Ces deux derniers mois, les islamistes ont remporté des victoires électorales en Tunisie et au Maroc.Pour le vice-président de "Liberté et Justice", Essam al-Erian, l'islam politique va s'imposer également en Egypte, et obliger le monde à l'accepter.

"Il est temps désormais que les capitales du monde qui ont soutenu Moubarak disent qu'elles acceptent l'issue du scrutin.Maintenant, pas après les résultats", insiste-t-il. "Nous ne sommes pas inférieurs, nous sommes égaux aux autres humains.La démocratie, c'est la multiplicité, le monde entier doit accepter les musulmans", ajoute M. Erian, arborant un costume gris et une cravate rayée. "La culture islamique est compatible avec les principes démocratiques.Les Arabes ont leur propre culture, et l'islam sa propre civilisation", poursuit-il.

Mais les responsables rechignent à donner le nombre exact de candidats qu'ils présentent au sein d'une coalition de 12 partis dominée par la formation "Liberté et Justice".

Le parti avait au départ annoncé qu'il ne comptait pas briguer plus de la moitié des 498 sièges disponibles au Parlement, une décision qui semble caractéristique de sa volonté de ne pas exercer une hégémonie rappelant l'ancien régime.