Les manifestants ne lâchent plus leur place de la Libération chérie

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Ils crient, chantent, pleurent, rient ou dorment, mais une chose est certaine: les manifestants ne veulent plus quitter "leur" Place de la libération, dans le centre du Caire, où ils attendent mardi matin un million de personnes.

"Respire bien, un vent de démocratie souffle sur l'Egypte", lance le coeur léger Mohamed Saad, enivré par les promesses de changement dans le géant arabe nées il y a quelques jours lors de manifestations sans précédent sous la président de Hosni Moubarak, au pouvoir depuis trente ans.

Les militants pro-démocratie égyptiens ont pris vendredi la place de la Libération dans le centre du Caire et ne la quittent plus.Ils chérissent cette esplanade au point d'y passer la nuit, d'y camper en groupe, d'y dormir à la belle étoile sur des pelouses souillées.

Les manifestants distribuent de la nourriture, des bouteilles d'eau, vont se reposer à la mosquée du coin.Des petits commerçants flairant la bonne affaire y ont installés une échoppe, un homme en bicyclette zigzague dans la foule pour y vendre son "koshairi", plat traditionnel de macaronis mêlés de lentilles et d'oignons séchés.

"Des gens vont dormir chez eux, d'autres restent ici, il y a du mouvement, mais nous ne quittons pas la place", souligne Mohamed Fahmi, un militant dans le début de la trentaine.

Hilares devant les chars, reprenant des slogans anti-Moubarak, scandant des "Allah akbar", ou regroupés autour d'un feu de camp, des milliers de manifestants égyptiens se préparaient, dans la nuit de lundi à mardi lors dans un étrange bal mi-hippy, mi-islamiste, à la "marche d'un million".

Le mouvement de contestation avait lancé plus tôt un appel à la grève générale et à des "marches d'un million" de personnes mardi au Caire et à Alexandrie (nord), la suspension du trafic ferroviaire lundi empêchant les mouvements vers la capitale.

La plupart des manifestants sur la place Tahrir n'ont pas pris connaissance de la déclaration de l'armée égyptienne qualifiant leurs revendications de "légitimes", mais ils fraternisent avec les soldats, se prennent en photos devant les blindés, offrent cigarettes, fleurs et jus de fruits aux militaires.

"L'armée a toujours été avec le peuple, en 1881 lors de la révolte d'Urabi pacha contre les anglais, en 1952 avec la révolte des officiers libres de Nasser, et aujourd'hui", souligne Mohamed Mahmoud, un ingénieur de 37 ans.

"Nous n'avons pas peur des soldats, nous leur faisons confiance, ils nous protègent contre les policiers".

Les manifestants antigouvernementaux ragent encore contre la police, qui a tiré sur les protestataires et est considérée comme le visage du pouvoir.Mais l'armée, elle, est respectée par la population, qui espère la convaincre d'abandonner tout à fait le président Moubarak.

Les blindés bouclent depuis samedi la ceinture autour de la Place de la libération.Les soldats se prennent au jeu de ces mots doux, alors que plusieurs manifestants s'interrogent encore sur l'allégeance de leur armée.

"Le pays est comme un volcan", résume Mohammed.Et mardi il pourrait entre en éruption, craint-il.