Les Nigérians élisent leur président, le vote perturbé par des problèmes techniques

28 mars 2015 à 17h04 par La rédaction

Abuja (AFP)

Les Nigérians se pressaient samedi dans les bureaux de vote pour élire leur président mais le scrutin a pris du retard en raison des défaillances du nouveau système de vote électronique, qui ont entraîné la suspension des opérations dans certains bureaux et leur report à dimanche.

Boko Haram, qui avait promis de perturber l'élection, a tenu parole.Bien qu'en perte de vitesse, le groupe islamiste, désormais allié à l'organisation Etat islamique, est soupçonné d'avoir mené plusieurs attaques meurtrières contre des bureaux de vote et des élus locaux.

Samedi, des hommes armés ont abattu sept Nigérians dans quatre villages de l'Etat de Gombe (nord-est), souvent ciblés par les islamistes de Boko Haram par le passé.Dans l'un des cas, un assesseur les a entendus crier: "On ne vous avait pas dit de rester à distance de l'élection?"

Par ailleurs, un député de l'Etat de Borno (nord-est) a annoncé samedi que 23 villageois avaient été décapités la veille au soir dans la localité de Buratai, vraisemblablement par des islamistes.

Malgré ces attaques meurtrières, les électeurs se sont pressés nombreux aux urnes.

Pour cette présidentielle présentée comme la plus disputée depuis l'indépendance, le président sortant, Goodluck Jonathan - un chrétien du sud de 57 ans - brigue un second mandat, face à son principal adversaire, l'ancien général Muhammadu Buhari - un musulman du nord de 72 ans - candidat d'une opposition plus unie que jamais.

Quelque 69 millions d'électeurs - sur 173 millions d'habitants - doivent élire le président, les 109 sénateurs et les 360 représentants du pays le plus peuplé d'Afrique et premier producteur de pétrole du continent.

"Nous avons tellement attendu pour que Dieu nous laisse voir ce jour", s'enthousiasmait à Maraba (centre) Hassan Yesuza Ziga, 35 ans.Khamis Amir, déplacé après les attaques de Boko Haram, a lui marché 11 kilomètres à partir du Lac Tchad pour voter à Maiduguri, la grande métropole du nord-est.

L'organisation technique n'était pourtant pas à la hauteur de cet engouement.

Après une matinée consacrée à l'identification des électeurs, les Nigérians devaient déposer leur bulletin dans l'urne à partir de 13H30 (locales, 12H30 GMT), mais des couacs dans le système de lecteur de cartes biométriques ont causé des retards considérables dans plusieurs régions.

Afin d'éviter les fraudes électorales, très répandues jusqu'ici au Nigeria, la commission électorale indépendante (Inec) avait décidé d'expérimenter pour la première fois ce nouveau système, assurant que l'identification électronique ne prendrait pas plus de dix secondes par électeur.

 

- Technologie défaillante -

Malheureusement, cette belle aventure technologique a tourné samedi à la déconfiture.Jonathan Goodluck lui-même a passé plus de trente minutes, avec sa femme Patience, à l'intérieur du bureau de vote de son village natal d'Otuoke, dans l'Etat de Bayelsa (sud), sans parvenir à s'inscrire.Il lui a fallu revenir et s'inscrire manuellement quelque temps après, avant de demander "à tous les Nigérians d'être patients eux aussi".

Des incidents similaires ont été rapportés ailleurs, comme à Maraba, dans la banlieue d'Abuja, où la reconnaissance des empreintes a finalement été abandonnée au profit des méthodes traditionnelles.

Les difficultés techniques étaient telles que vers 16H00, l'Inec a annoncé qu'elle suspendait les opérations dans les bureaux de vote où la technologie était défaillante et que les électeurs concernés voteraient dimanche.

Si le processus d'identification des électeurs "a bien fonctionné dans de nombreux endroits (...), cela a pris plus de temps dans d'autres endroits, et ça n'a même pas commencé" dans certains cas, a confessé le porte-parole de la commission, Chris Yimoga.

Au vu de "l'ampleur du défi observé", a-t-il ajouté, les électeurs qui s'enregistreront dimanche le feront manuellement.

Muhammadu Buhari s'est lui enregistré sans difficulté dans le bureau de vote de son fief de Daura, dans l'Etat de Katsina, vêtu d'une ample tunique blanche et d'un petit chapeau typique du nord du Nigeria, majoritairement musulman.

Tôt le matin, de longues files d'attente s'étaient formées devant les bureaux de vote.Certains électeurs ont même raconté avoir passé la nuit sur place.

A Kano, la plus grande ville du nord du pays, frappée à plusieurs reprises par des attentats meurtriers de Boko Haram, la plupart des votants sont arrivés dès 06H00, juste après la prière du matin.

Tandis qu'à Daura, le fief de Buhari, Moustapha Osman disait aller "voter pour le candidat qui protègera nos vies et l'intégrité de ce pays", à Utuoke, dans le village de Jonathan, Laurence Banigo soutenait son champion car "les Nigérians qui ont pu apprécier son bon boulot devraient lui donner la chance de continuer encore pour quatre ans."

A Maraba, les électeurs étaient à l'heure, pas les assesseurs.Les votants ont alors eux-mêmes préparé le scrutin, distribuant des bouts de papier à la va-vite."On ne peut pas juste s'attendre à ce qu'on s'assoie et qu'on patiente...Tout le monde est là et prêt à exercer son droit de vote."

A 18H30, certains bureaux avaient fermé mais des Nigérians continuaient à voter, l'Inec n'ayant pas précisé à quelle heure elle suspendait officiellement le scrutin.