Les opposants égyptiens craignent l'arrivée d'un "nouveau pharaon"

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Le soulèvement populaire en Egypte a réussi à décapiter un système autoritaire mais le bras de l'ancien régime reste long, à la grande inquiétude de ceux qui veulent éviter l'arrivée au pouvoir d'un autre "pharaon" pendant cette période de transition sensible.

Le conseil suprême des forces armées, à qui l'ex-président Hosni Moubarak, chassé par la rue, a transmis le pouvoir le 11 février, assure qu'il entend remettre à son tour les rênes du pays à un pouvoir civil à l'issue d'élections législatives et présidentielle, après une révision constitutionnelle.

Mais beaucoup se demandent si le délai de six mois évoqué par l'armée suffira et si les réformes proposées vont assez loin pour abolir ce que l'opposition qualifie de pouvoirs présidentiels "quasi-divins".

La révision constitutionnelle tourne en particulier autour de la levée des conditions très restrictives de candidature à la présidentielle et de la limitation des mandats présidentiels.

Des groupes de l'opposition souhaitent aussi que la loi sur les partis soit amendée pour permettre à des mouvements interdits comme les Frères musulmans et aux groupes de jeunes qui ont récemment émergé de former des partis politiques légaux.

La Coalition des jeunes de la révolution, formée par plusieurs groupes ayant participé au lancement du soulèvement, a appelé à l'adoption d'un système parlementaire.

Cela "garantirait la fin du système du règne du pharaon en vigueur de longue date", a affirmé Ahmed Kamal Aboul Magd, un professeur de droit constitutionnel à l'Université du Caire, dans une interview à la télévision.

Mais tenir des élections dans seulement quelques mois pourrait préparer le terrain à un Parlement de nouveau dominé par le Parti national démocrate de M. Moubarak, ou bénéficier aux influents Frères musulmans en marginalisant le reste de l'opposition, estiment des analystes.

Certains analystes ont même évoqué un marché de partage du pouvoir entre la confrérie islamiste et l'armée pendant la transition.

Jeudi, l'opposant Mohamed ElBaradei a appelé l'armée à permettre aux civils de partager le pouvoir pendant la période de transition, pour empêcher un retour à l'ancien régime.

Le soulèvement "s'est débarrassé de la tête du régime et a mis un terme à la possibilité de la succession (du fils de Moubarak), mais le régime est toujours là", affirme Emad Gad, un chercheur au Centre Al-Ahram des études politiques et stratégiques.

"La preuve, c'est que (l'ancien) vice-président Omar Souleimane est à la présidence tous les jours", assure-t-il.

D'après lui, les militaires pourraient pousser M. Souleimane à se porter candidat à la présidence et conclure un marché avec les Frères musulmans sur des sièges au Parlement en échange de leur soutien.Les Frères assurent ne pas viser la présidence.

Mais M. Gad estime qu'un tel marché est voué à l'échec, que les Frères musulmans ne remporteraient que 15% des sièges et que des élections libres ne garantiraient pas une victoire d'Omar Souleimane, surtout si le chef de la Ligue arabe Amr Moussa, très populaire, se présente.

"Les Frères musulmans sont peut-être le groupe d'opposition le plus organisé et le plus fort, mais le soulèvement a prouvé que l'équation politique en Egypte était différente", explique Mustapha Kamel al-Sayyed, professeur de sciences politiques à l'Université du Caire.

"La majorité de la jeunesse, qui était derrière le soulèvement et qui veut un Etat civil, va jouer un grand rôle lors des législatives en appuyant des candidats qui ont la même vision des choses", ajoute-t-il.

"Cela dépendra de la rapidité avec laquelle une nouvelle loi sur les partis politiques sera adoptée", précise-t-il.