Les Tunisiens se mobilisent pour se protéger, les vivres manquent

Par La rédaction

TUNIS (AFP)

De nombreux Tunisiens ont formé samedi des comités de vigiles pour défendre leurs quartiers face aux pillards, après la multiplication des mises à sac et des agressions en province et dans la capitale, où les vivres commencent à manquer.

Dans le même temps, la violence a reflué, selon un porte-parole officiel et les journalistes de l'AFP, qui n'ont pas relevé dans la soirée de tirs ou de signes d'incendie dans le centre de Tunis.

Un strict couvre-feu y est appliqué et le dispositif de sécurité a vidé le centre de toute circulation pendant la journée où de rares piétons se sont aventurés et où les commerces, cafés et banques sont restés fermés.

Mais quelques appels au secours, lancés par des habitants de quartiers du sud de Tunis qui réclamaient la venue de l'armée après avoir observé des mouvements suspects, ont été relayés par les télévisions,

"Mes fils passent la nuit sur le toit à guetter tout mouvement suspect", a déclaré à l'AFP par téléphone un habitant de Mornag, à 16 km au sud de Tunis, qui comme beaucoup de Tunisiens s'est mobilisé pour se protéger.

Dans le village de Sidi Bouzid au nord de Tunis, l'armée a demandé à de jeunes vigiles de ne pas se faire trop visibles avant d'admettre leur présence dans la rue, à condition qu'ils soient habillés de blanc pour être facilement identifiés, a témoigné un habitant.

Le puissant syndicat, l'Union générale des travailleurs tunisiens (Ugtt), a invité dans un communiqué ses structures et ses adhérents à se joindre ou à encadrer les comités de vigiles.

Ces comités se sont multipliés en province, selon différentes sources.

Par ailleurs, un manque de vivres a commencé à se faire ressentir dans la capitale au point que de nombreux citoyens ont demandé à l'armée d'organiser au moins la réouverture de boulangeries et d'épiceries.

"J'ai passé la journée avec une famille nombreuse et on n'a eu qu'un repas", a déclaré un cadre du nord de la ville, joint par téléphone.

"J'ai passé la journée à me tourner les pouces, incapable de satisfaire les demandes des clients", a déclaré Salah Ben Zekhri qui tient un petit commerce près de la banlieue de Radès, au sud de la capitale.

Des journalistes de l'AFP ont vu de longues files se former devant les rares boulangeries ouvertes dans plusieurs quartiers de la banlieue nord.

Un grand hôtel de Tunis, où logent des journalistes, a indiqué commencer à ressentir un manque d'approvisionnement."La cuisine n'a pas été livrée depuis une semaine, on vit sur les réserves et on a commencé à fabriquer notre pain", a dit à l'AFP un responsable de cet établissement.

Les restrictions à la circulation et le pillage de nombreux dépôts ont désorganisé les circuits de distribution des produits de première nécessité.

Les autorités se veulent toutefois rassurantes mais elles ont admis un "certain manque" de carburants dans les stations-service, et affirmé travailler pour y remédier.