Lesotho: l'armée s'empare du quartier général de la police

Par La rédaction

Maseru (Lesotho) (AFP)

Un coup d'Etat semblait en cours samedi matin au Lesotho, petit royaume montagneux enclavé dans l'Afrique du Sud, où des militaires ont pris le contrôle du quartier général de la police et brouillé des transmissions radio et communications téléphoniques.

"Les forces armées, les forces spéciales du Lesotho ont pris le quartier général de la police", a dit à l'AFP le ministre des Sports Thesele Maseribane, évoquant une possible tentative de coup d'Etat dans ce pays gouverné par une fragile coalition et à l'histoire tumultueuse. 

Un photographe travaillant pour l'AFP a confirmé avoir entendu des coups de feu en début de matinée, et affirmé que des soldats "plus nombreux que d'habitude" patrouillaient en ville samedi matin.

Le Lesotho est un pays très pauvre de deux millions d'habitants, membre du Commonwealth, qui fournit à son grand voisin sud-africain de l'eau et de l'électricité produite dans ses montagnes. 

"A 04H00 ce matin (02h00 GMT) des véhicules ont tourné autour de la résidence du Premier ministre et de la mienne", a ajouté le ministre qui est aussi le chef du Basotho National Party, un des partis de la fragile coalition au pouvoir à Maseru. 

M. Maseribane a accusé le vice-Premier ministre Mothetjoa Metsing, le chef du Congrès du Lesotho pour la Démocratie (LCD) d'être impliqué dans l'opération."Nous avons des renseignements qui disent qu'il en fait partie", a-t-il dit à l'AFP.

"Il y a eu des coups de feu entre 04H00 et 07H00 ou 08H00", a poursuivi le ministre des Sports, "ils brouillent les téléphones, ils brouillent tout".Cette dernière information semblaient infirmée, au moins partiellement, par les utilisateurs des réseaux sociaux, qui continuaient à poster des messages en début de matinée.

M. Maseribane a raconté avoir réussi à fuir après avoir été prévenu de l'imminence d'un coup d'Etat.

"Le commandant en chef a dit qu'il me cherchait, qu'il cherchait le Premier ministre et le vice Premier ministre pour nous conduire chez le roi.Dans notre pays, cela signifie un coup d'Etat", a-t-il dit.

 

- Parlement suspendu -

Selon lui, le Premier ministre, Tom Thabane, et son gouvernement sont toujours aux commandes.

"Le Premier ministre et moi-même (nous sommes) toujours le gouvernement de coalition.Le Premier ministre est toujours au pouvoir", a-t-il assuré.

M. Thabane "va bien", a-t-il dit, sans préciser où se trouvait le chef du gouvernement.

Il a cependant reconnu que la situation restait dangereuse avec "des gens armés courant dans Maseru".

Le royaume formé en grande partie de hauts plateaux est gouverné par une fragile coalition depuis les dernières élections qui ont eu lieu il y a deux ans.

"Depuis les dernières élections, la coalition avait du mal à travailler et le Premier ministre était critiqué pour son autoritarisme", a commenté une source diplomatique occidentale.Le LCD avait d'ailleurs publiquement annoncé son intention de chercher d'autres alliances pour écarter M. Thabane.

En réponse, le Premier ministre, soucieux d'éviter une motion de censure, avait suspendu le parlement en début d'année, avec l'aval du roi Lesie III, un monarque constitutionnel qui dispose de très peu de pouvoir.

En juin, face à la menace d'une crise majeure et d'un coup d'Etat militaire, une médiation avait été organisée par l'Eglise catholique, très puissante dans le pays, qui a permis de remettre le gouvernement sur les rails, malgré les tensions.

La violence est récurrente dans l'histoire politique récente du pays qui a obtenu son indépendance du Royaume-Uni en 1966.En 1986, le régime ségrégationniste sud-africain y avait soutenu un coup d'Etat pour éviter que le pays ne devienne une base des militants anti-apartheid, notamment de l'ANC, le parti de Nelson Mandela considéré comme terroriste.

En 1998, après de violentes émeutes liées aux élections, l'Afrique du Sud et le Bostwana avaient lancé une opération armée qui avait dévasté une partie de la capitale Maseru.