Liberia: référendum test pour le président Weah

8 décembre 2020 à 18h42 par AFP

AFRICA RADIO

Les Libériens se sont rendus aux urnes mardi pour dire oui ou non aux propositions de leur président George Weah de réduire le mandat du chef de l'Etat et d'autoriser la double nationalité, lors d'un scrutin à valeur de test pour l'ex-star du foot.

Les principaux partis d'opposition ont appelé à boycotter le référendum, disant craindre qu'une révision constitutionnelle ne serve à M. Weah à briguer le moment venu un troisième mandat, chose impossible en l'état actuel, en faisant valoir que les compteurs auraient été remis à zéro.

L'entourage de M. Weah dément un tel dessein.Le président de 54 ans, élu en 2018, n'a pas encore achevé son premier mandat et le scénario évoqué par l'opposition n'adviendrait pas avant plusieurs années.Mais les réélections récentes des présidents Alpha Condé et Alassane Ouattara pour un troisième mandat chez les voisins guinéen et ivoirien, rendues possibles par l'adoption de nouvelles Constitutions, a ravivé le spectre des présidences à vie.

Il "ne pense pas à un troisième mandat", a assuré en octobre le chef de cabinet de l'ancien attaquant du PSG et de l'AC Milan, Nathaniel McGill.

Environ 2,5 millions d'électeurs étaient appelés à se prononcer sur huit amendements à la Constitution, dont un réduisant la durée du mandat présidentiel de six à cinq ans.Le mandat des députés passerait également de six à cinq ans, celui des sénateurs de neuf à sept.

Le référendum était couplé avec des élections pour renouveler la moitié des 30 sièges de sénateur.

- "Besoin de paix" -

Les résultats du référendum seront annoncés le 23 décembre, a dit la commission électorale nationale.Les résultats provisoires des sénatoriales seront communiqués à partir de jeudi, et finaux le 15, a-t-elle dit.

Malgré l'appel au boycott, les Libériens sont allés voter tôt, au moins une heure et demie avant l'ouverture prévue à 8H00 (locales et GMT), à New Kru Town par exemple, quartier populaire du nord-ouest de Monrovia.Et les longues files d'attente observées devant plusieurs bureaux de la capitale suggèrent qu'ils se sont déplacés en nombre.

M. Weah, venu voter avec sa femme Clar dans une école publique de Kendeja, a exhorté ses concitoyens à aller voter nombreux et à "repartir en paix". 

"Ce pays a besoin de paix, nous n'avons pas besoin de le démolir", a-t-il dit, répondant aux craintes de violence suscitées par l'attaque menée dimanche contre un cortège de l'opposition et qui a fait des blessés dans le nord-ouest.

Aucun incident majeur n'a été rapporté mardi, jour du scrutin.

L'échéance a valeur de double test pour le président Weah, qui avait soulevé un immense espoir en 2018 en accédant au pouvoir dans un des pays les plus pauvres du monde et toujours marqué par la guerre civile de 1989-2003 et l'épidémie d'Ebola de 2014-2016.Il n'a pas réussi à redresser l'économie et l'enthousiasme a fait place au désenchantement.

- Liens particuliers -

Manuela Jackson, étudiante de 23 ans à l'université du Liberia, ne cache pas être allée voter avant tout sur la double nationalité, qui divise la société de ce pays, plus ancienne république d'Afrique noire fondée au XIXe siècle sous l'impulsion des Etats-Unis pour des esclaves noirs affranchis.

"Je suis ici depuis 5H30 pour dire oui à la double nationalité.C'est tout ce qui m'intéresse dans ce scrutin", assène-t-elle.Son frère, dit-elle, vit aux Etats-Unis, comme un certain nombre de Libériens en raison des liens historiques particuliers entre les deux pays, et a obtenu la nationalité américaine.Mais la double nationalité ne lui est pas reconnue au Liberia.

"Il y aura encore des restrictions à la double nationalité de mon frère, mais au moins il sera considéré comme Libérien", dit-elle.

Des centaines de milliers de Libériens ayant fui la guerre et la pauvreté vivraient à l'étranger, dont bon nombre aux Etats-Unis dont ils ont secrètement la nationalité.

La population "autochtone" reproche à l'élite américano-libérienne d'utiliser l'argent qu'elle gagne au Liberia pour se construire des propriétés aux Etats-Unis.

Si la proposition de révoquer l'interdit de 1973 sur la double nationalité est adoptée, les futurs binationaux auront accès à la propriété au Liberia, ce qui devrait donner un coup de pouce à l'économie du pays de 4,8 millions d'habitants confronté aux pénuries et à l'inflation. 

Les détenteurs de la double nationalité n'auraient cependant toujours pas le droit d'exercer des fonctions électives.