Libye: 2 policiers pendus par des manifestants à Al-Baïda

18 février 2011 à 18h15 par La rédaction

TRIPOLI (AFP)

Vingt personnes sont mortes vendredi à Benghazi, sept autres à Derna, alors qu' à Al-Baïda, à 1.200 km à l'est de Tripoli, des manifestants ont eux attrapé deux policiers et les ont pendus, selon le journal Oéa, proche du réformateur Seif Al-Islam, fils du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.

Des manifestants ont incendié le siège de la radio locale de Benghazi, dans l'Est de la Libye, après le retrait des forces de l'ordre qui assuraient la sécurité du bâtiment, ont rapporté des témoins et une source officielle à l'AFP.

Les comités révolutionnaires, pilier du régime libyen, ont menacé vendredi les "groupuscules" manifestant contre Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis plus de 40 ans, d'une riposte "foudroyante", alors que la répression de la contestation a fait déjà plusieurs dizaines de morts depuis mardi.

"La riposte du peuple et des forces révolutionnaires à toute aventure de la part de ces groupuscules sera violente et foudroyante", ont averti les comités révolutionnaires sur le site internet de leur journal.

"Le pouvoir du peuple, la Jamahiriya (pouvoir des masses), la révolution et le leader (Mouammar Kadhafi) constituent des lignes rouges.Celui qui tentera de les dépasser (...) joue avec le feu", ont-ils prévenu.

Mouammar Kadhafi est "le seul leader au monde à avoir refusé d'être président, roi ou empereur, et a laissé au peuple le pouvoir total".

Le colonel Kadhafi n'est en théorie qu'un "guide" prodiguant ses conseils.

Son modèle permet théoriquement au peuple libyen de gouverner par l'intermédiaire de comités populaires élus par des congrès populaires qui se réunissent annuellement pour prendre les décisions qu'ils font "remonter" au Congrès du peuple (Parlement), la plus haute instance législative du pays.

Des manifestations sans précédent contre le régime libyen ont lieu depuis mardi, à l'image d'autres pays arabes et dans le sillage des révoltes qui ont fait chuter les présidents tunisien Zine El Abidine Ben Ali et égyptien Hosni Moubarak.

Les protestations, dont celle de jeudi qui répondait à un appel sur internet à une "journée de la colère", ont été très violemment réprimées notamment à Benghazi, la deuxième plus grande ville du pays et bastion de l'opposition, et Al-Baïda, toutes deux situées sur la côte, à l'est de Tripoli.

Des milliers de personnes ont participé vendredi aux obsèques des manifestants tués à Benghazi, selon des témoins.

L'un d'entre eux a précisé que les manifestations avaient repris après les obsèques dans cette ville où des bâtiments publics ont été incendiés.

Vingt personnes y ont été tuées jeudi dans des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre, a déclaré à l'AFP une source de l'hôpital local sous couvert de l'anonymat.

Les forces de l'ordre étaient postées vendredi autour d'Al-Baïda et en contrôlaient les entrées et sorties ainsi que l'aéroport, a dit à l'AFP une source proche du pouvoir, après des informations circulant sur internet selon lesquelles des manifestants auraient pris le contrôle de la ville après en avoir chassé les forces de l'ordre suite à des affrontements violents.

"Les forces ont reçu l'ordre de quitter le centre de la ville pour éviter des affrontements avec les manifestants", a indiqué la source proche du pouvoir.

Au moins quatorze personnes ont été tuées à Al-Baïda depuis mercredi, a indiqué une source libyenne bien informée, alors qu'un précédent bilan faisait état de deux morts.

Parmi ces quatorze morts figurent des manifestants, mais aussi des partisans du régime, a ajouté cette source, affirmant que des fonctionnaires des comités révolutionnaires avaient été tués.

Elle souligne par ailleurs que des agents des forces de l'ordre ont également été tués, sans être en mesure d'en préciser le nombre.

 Le nouveau bilan porte à 28 le nombre des morts depuis le début des protestations en Libye mardi, selon un décompte de l'AFP de différentes sources locales.

Il ne comprend pas quatre prisonniers tués vendredi par les forces de l'ordre alors qu'ils tentaient de s'évader de la prison d'El-Jedaida, près de Tripoli, a indiqué à l'AFP une source des services de sécurité.

Plus d'un millier de prisonniers se sont par ailleurs évadés vendredi après une mutinerie dans une prison à Benghazi, selon le journal Quryna, proche de Seif Al-Islam, fils du numéro un libyen.150 auraient ensuite été arrêtés.

Human Rights Watch (HRW) a fait elle état d'un total de 24 morts pour la journée de jeudi, parlant d'"attaques sauvages des forces de sécurité".

A Tripoli, des partisans du régime sont descendus ven

dredi dans la rue, comme la veille, en sillonnant la ville en voiture, brandissant des portraits du colonel Kadhafi et des drapeaux.

Parallèlement, les médias officiels continuaient à occulter les protestations.Depuis mercredi, l'agence officielle libyenne et la télévision nationale se contentent d'évoquer des rassemblements et des défilés pro-régime.