Libye: Bani Walid, possible cache de Saadi Kadhafi, au coeur de tractations

Par La rédaction

POSTE DE CHICHAN (Libye) (AFP) - (AFP)

Les nouvelles autorités libyennes espéraient dimanche obtenir grâce à des négociations la reddition de la ville de Bani Walid, située au sud-est de Tripoli et où Saadi, un des fils Kadhafi, pourrait se cacher.

Ces négociations, engagées par l'intermédiaire de chefs de tribus de la ville pour obtenir la reddition de groupes armés loyaux à l'ex-dirigeant Mouammar Kadhafi, durent depuis plusieurs jours.

Le président du Conseil national de transition (CNT), Moustapha Abdeljalil, a répété samedi que tous les partisans de Mouammar Kadhafi avaient jusqu'au 10 septembre pour déposer les armes mais des responsables locaux avaient indiqué que l'ultimatum pour Bani Walid expirait dimanche matin.

Dans l'après-midi, Abdallah Kenchil, chef des négociateurs pour les nouvelles autorités, a indiqué à l'AFP que l'option d'une reddition sans recours aux armes restait privilégiée, espérant une issue pacifique dans la journée.

"Il y a des groupes armés.Nous voulons qu'ils déposent les armes et se rendent aux (nouvelles) autorités et nous les protégerons, nous ne leur ferons rien, nous voulons seulement les juger et ils auront un procès juste", a poursuivi M. Kenchil.

"Au début ils ont dit non.Maintenant, nous essayons de les persuader, nous assurons que nous les protègerons contre tout acte de revanche.Nous attendons une réponse", a-t-il dit.

A Tripoli, le "ministre" de l'Intérieur du CNT, Ahmed Dharrat, a estimé que Bani Walid serait "libérée aujourd'hui ou demain" (dimanche ou lundi).

Selon les combattants locaux, plusieurs proches de l'ex-dirigeant Mouammar Kadhafi, dont son fils Saadi, se trouvent actuellement à Bani Walid, mais pas l'ancien "Guide" en fuite contrairement à ce qu'avaient avancé des responsables du CNT ces derniers jours.

Des civils ayant fui Bani Walid samedi ont rapporté que beaucoup de combattants pro-Kadhafi avaient quitté la ville, emportant les armes lourdes dans les montagnes environnantes, et que les habitants attendaient angoissés dans une ville fantôme aux magasins fermés, sans essence ni gaz.

Le front était calme aussi en direction de Syrte, grande ville côtière encore fidèle à Mouammar Kadhafi.La ville d'origine de Mouammar Kadhafi était cernée par des combattants pro-CNT, mais aucun mouvement n'était signalé depuis plusieurs jours, même si l'Otan a annoncé avoir continué samedi ses frappes.

L'ex-dirigeant reste lui introuvable.

A l'est de la ville, les combattants étaient en partie mobilisés pour une opération de désarmement d'une tribu locale réputée pro-Kadhafi, les Hossnia, dont plusieurs membres seraient réfugiés dans le désert avec des armes.

En Algérie, un représentant des Touaregs a affirmé que les Touaregs de Libye étaient victimes de violences de la part des forces du nouveau régime, qui les soupçonnent d'être des pro-Kadhafi.Il a demandé l'ouverture de la frontière pour offrir un refuge aux personnes menacées.

Selon des témoins et plusieurs journaux, l'Algérie a en effet fermé ses frontières avec la Libye après l'entrée de membres de la famille Mouammar Kadhafi sur son territoire le 19 août.Aucune confirmation officielle n'a pu être obtenue.

Le Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia a affirmé pour sa part que les proches du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi accueillis par l'Algérie sont "sous la responsabilité des Algériens" ajoutant que leur accueil "est un cas humanitaire dans le cadre du traitement par l'Algérie d'autres cas humanitaires".

L'Algérie a accueilli trois enfants de Mouammar Kadhafi --Aïcha, qui a accouché d'une petite fille en terre algérienne, Mohammed et Hannibal-- accompagnés de Safia, la seconde épouse du leader déchu.

A Tripoli, le CNT cherchait à asseoir son pouvoir à Tripoli, en commençant par relancer l'activité dans la capitale, marquée par 10 jours de combats et de festivités.

Des policiers ont recommencé samedi à patrouiller dans la capitale, où la circulation a repris, avec de nombreux embouteillages.Des banques et certains commerces ont rouvert, et les queues s'allongeaient devant les boulangeries.

Autre signe de normalisation: la victoire de l'équipe de football de Libye a été saluée par une explosion de joie à Tripoli.La nouvelle Libye est entrée de plain pied dans le concert des nations du football africain en battant le Mozambique 1 à 0 en qualifications à la CAN-2012, samedi au Caire, avec un nouvel hymne et un nouveau drapeau.

Le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, a appelé la communauté internationale et le nouveau régime libyen à s'abstenir de pourchasser tous les partisans de l'ancien régime, au risque de détruire la structure de l'appareil d'Etat, une "grosse erreur" déjà commise en Irak.

Le représentant du CNT au Royaume-Uni, Guma al-Gamaty, a affirmé dimanche que Mouammar Kadhafi devrait être jugé en Libye, pour sa "série effroyable de crimes ces 42 dernières années", et non par la Cour pénale internationale de La Haye, devant laquelle il est poursuivi uniquement pour sa répression de la révolte entamée mi-février.

Le journal allemand Bild am Sonntag a rapporté dimanche que Berlin, à l'instar de Londres et Washington, a reçu des renseignements des services secrets de Mouammar Kadhafi, sans pour autant participer à des actions conjointes avec le régime libyen.

En Algérie, pays voisin de la Libye, le ministre chargé du Maghreb et de l'Afrique, Abdelkader Messahel a estimé que la crise libyenne avait créé une menace supplémentaire au Sahel, déjà confronté au terrorisme et au crime organisé, avec la circulation d'armes et l'exode massif des ressortissants provenant de ce pays.