Libye: des violences à Tripoli, risque de bain de sang selon le fils Kadhafi

21 février 2011 à 14h44 par La rédaction

TRIPOLI (AFP)

Les violences en Libye ont atteint la capitale Tripoli, où des bâtiments publics ont été incendiés dans la nuit de dimanche à lundi, alors que Seïf Al-Islam, le fils du leader contesté Mouammar Kadhafi, a brandi la menace d'un bain de sang dans le pays. 

Le bilan des manifestations a atteint 233 morts, a indiqué lundi matin Human Rights Watch, faisant état de 60 morts pour la seule journée de dimanche à Benghazi, deuxième ville du pays et centre de la révolte depuis le 15 février.

Le ministre libyen de la Justice Moustapha Abdel Jalil a démissionné "pour protester contre l'usage excessif de la force" contre les manifestants, a annoncé un journal libyen.

Les manifestations contre le colonel Kadhafi -arrivé au pouvoir en 1969 après avoir renversé le roi Idriss et autoproclamé "Guide de la révolution"- ont gagné dimanche Tripoli.

Selon des témoins contactés lundi par l'AFP, le siège d'une télévision et d'une radio publiques ont été saccagés dans la soirée par des manifestants.

Des postes de police, des locaux des comités révolutionnaires, la "salle du peuple" accueillant des réunions officielles ainsi que le bâtiment abritant le ministère de l'Intérieur ont été incendiés, selon d'autres témoins.

La Fédération internationale des Ligues de droits de l'Homme (Fidh) a fait état d'informations selon lesquelles le camp de Bab el Azizia, où vit le dirigeant libyen en périphérie de Tripoli, aurait également été attaqué dans la nuit.

"On en a pas dormi hier soir à Tripoli, toute la nuit on a entendu des tirs", a raconté Mohamed Jarboui, un ingénieur tunisien rentré lundi au pays après une nuit de cauchemar.

 "Tripoli était livrée à l'anarchie", a expliqué Adnane, 25 ans, un autre Tunisien qui a quitté la Libye, évoquant des heurts "entre des partisans de Kadhafi et d'autres personnes".

La police libyenne a déserté dimanche midi Zaouia (60 km à l'ouest de Tripoli) qui est depuis livrée au chaos, ont indiqué à l'AFP d'autres Tunisiens arrivant de cette ville lundi matin à Ben Guerdane en Tunisie, près de la frontière entre les deux pays.

Dans une allocution télévisée dans la nuit, Seïf Al-Islam a prévenu les manifestants que la riposte serait sanglante.

"La Libye n'est pas comme la Tunisie ou l'Egypte (...).Il n'y a ni société civile ni partis politiques", a-t-il lancé en allusion aux révoltes qui ont provoqué la chute des présidents de ces deux pays.

Les "forces qui tentent de détruire la Libye et de la démembrer sont armées et le résultat sera une guerre civile.Personne ne se soumettra à l'autre et nous nous battrons", a-t-il prévenu.Si le pays se divise, "la Libye tombera dans une guerre civile (...), nous nous entretuerons dans les rues".

Depuis le début du mouvement, le colonel Kadhafi n'a fait aucune intervention publique.

Seïf Al-Islam a affirmé que la Libye était la cible d'un complot étranger, et que des éléments libyens et étrangers tentaient de détruire l'unité du pays pour instaurer une république islamiste.

Il a reconnu que plusieurs villes, dont Benghazi et Al-Baïda dans l'est, étaient la proie de violents combats et que les émeutiers s'étaient emparés d'armes militaires.Selon lui, des chars étaient aux mains de civils à Benghazi.

D'après la Fidh, qui avance un bilan de "300 à 400 morts", plusieurs villes, dont Benghazi et Syrte, sont tombées aux mains des manifestants à la suite de défections dans l'armée.Mais des témoins, contactés par l'AFP, ont démenti la chute de Syrte.

Le fils du colonel Kadhafi a promis des réformes concernant le code pénal et un dialogue sur la Constitution, ainsi que "des perspectives de liberté" pour la presse et la société civile.

Sur les marchés, l'instabilité dans ce riche pays pétrolier et les craintes de propagation aux pays de la région gros producteurs de brut ont fait grimper les cours.A Londres, le baril est passé au-dessus de 105 dollars, pour la première fois depuis fin septembre 2008, avant de légèrement redescendre à la mi-journée.

En Italie, important partenaire économique de la Libye, des entreprises présentes dans ce pays ont fortement chuté à la bourse de Milan.

Face à la répression sanglante des manifestations, des diplomates libyens en poste à l'étranger ont commencé à faire défection.L'ambassadeur de Libye en Inde, Ali Al-Issawi, a annoncé lundi à la BBC qu'il avait démissionné pour protester contre la violente répression des manifestations.

Un diplomate libyen en poste en Chine, Hussein Sadiq al Mousrati, avait auparavant annoncé sa démission et appelé tous les membres du personnel diplomatique libyen à faire de même, selon Al-Jazira.

Dimanche, le représentant permanent de la Libye auprès de la Ligue arabe, Abdel Moneim al-Honi, avait annoncé sa démission pour rejoindre "la révolution" et protester contre la "violence contre les manifestants".

Le chef de la Ligue arabe, Amr Moussa, a appelé à "cesser toutes les formes de violence".

Les pays européens réfléchissaient à l'évacuation de leurs citoyens de Libye.Certains pays, comme le Portugal et l'Autriche, ont envoyé des avions pour les rapatrier.

Des entreprises, comme les groupes pétroliers BP, ENI et Statoil, ont également pris des mesures en ce sens.