Libye: Kadhafi s'accroche, mais son départ est de plus en plus évoqué

Par La rédaction

TRIPOLI (AFP) - (AFP)

Le colonel libyen Mouammar Kadhafi semble déterminé à s'accrocher au pouvoir même si la question de son départ est évoquée de plus en plus concrètement, les rebelles continuant leur progression, en particulier près de Zliten, à 150 kilomètres à l'est de Tripoli.

"La bataille est tranchée.Elle est déjà tranchée en faveur des masses et du peuple.Ils ne peuvent pas vous vaincre.Ils vont être vaincus et ils rentreront bredouilles", a assuré le colonel Kadhafi jeudi soir dans un discours retransmis à ses partisans rassemblés dans sa ville natale de Syrte, excluant une nouvelle fois tout dialogue avec les rebelles.

Mais à Moscou, où s'était rendu mercredi le ministre des Affaires étrangères libyen Abdelati Obeidi, le ton est sensiblement différent.

"Le thème du départ de Kadhafi du pouvoir a été discuté lors de cette rencontre, et il a été discuté assez concrètement", a déclaré vendredi une source diplomatique russe, citée par l'agence Interfax.

Le départ du dirigeant libyen a été évoqué "y compris à la lumière des contacts déjà établis par des représentants de Tripoli avec les Américains et les Français", a ajouté cette source.M. Obeidi avait assuré mercredi à Moscou que le départ de Mouammar Kadhafi n'était "pas sujet à discussion".

Les ministres français et britannique des Affaires étrangères, Alain Juppé et William Hague, évoqueront lundi à Londres le dossier libyen, a indiqué vendredi la diplomatie française.Cette semaine, M. Juppé avait évoqué la possibilité que Mouammar Kadhafi reste en Libye après son départ du pouvoir.

"L'une des hypothèses envisagées, c'est qu'il séjourne en Libye, mais à une condition, c'est que très clairement il se mette à l'écart de la vie politique libyenne.C'est ce que nous attendons avant de déclencher le processus politique du cessez-le-feu", avait-il dit mercredi.

A Madrid, le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, a reçu pour la première fois vendredi le numéro deux de la rébellion libyenne, Mahmoud Jibril, et l'a assuré du soutien de son pays, tout en appelant la rébellion à se préparer pour "aborder avec succès" la prochaine étape.

Au moins 16 rebelles tués en 48 heures

Sur le terrain, au moins 16 rebelles ont été tués et 126 blessés dans les dernières 48 heures dans des combats contre les forces pro-Kadhafi à Zliten (ouest), ont indiqué vendredi les insurgés dans un communiqué.

"Seize de nos combattants sont tombés en martyrs et 126 autres ont été blessés dans des affrontements avec les troupes loyalistes dans la ville de Zliten", annonce le texte, assurant que les rebelles progressent vers le centre de cette ville de 200.000 habitants.

Parallèlement, l'Otan a accentué ses attaques sur cette zone ces derniers jours.Selon ses communiqués quotidiens, l'Alliance atlantique a touché 13 cibles à Zliten mercredi et 11 autres jeudi, essentiellement des véhicules militaires et des dépôts.

Les combattants de Misrata, enclave rebelle à une soixantaine de kilomètres plus à l'est, tentent depuis plusieurs semaines de s'emparer de Zliten, afin d'accentuer la pression sur la capitale.

Sur le front du sud-ouest, les opérations militaires sont gênées depuis jeudi soir par un fort vent, a rapporté vendredi une journaliste de l'AFP à Bir Ayad, dans la vallée à environ 70 km au sud de Tripoli.Les deux camps ont ainsi renoncé aux tirs de roquettes, contrairement aux jours précédents.

Ce vendredi, "il n'y a pas de mouvements de l'armée de Kadhafi à cause du vent", a déclaré à l'AFP le commandant d'un poste de contrôle rebelle de Bir Ayad, Nasser Al-Aaib.

"Les soldats de Kadhafi ne peuvent pas bouger parce qu'ils ne connaissent pas la zone.Ils ont peur d'une attaque surprise des rebelles qui connaissent chaque pouce de terrain", a-t-il dit, expliquant que de leur côté, les rebelles ne bougeaient pas parce qu'ils n'en avaient "pas reçu l'ordre".

Jeudi, les insurgés avaient affirmé avoir réussi à faire entrer des rebelles infiltrés dans la capitale Tripoli."Ce sont de petits groupes, de bons combattants", a assuré un commandant de la rébellion à Benghazi, Fawzi Boukatif.

Des rumeurs ont circulé peu après affirmant que des rebelles présents à Tripoli avaient essayé d'assassiner des hauts responsables de l'entourage de Kadhafi.

M. Boukatif a indiqué ne pas pas être au courant de tels actes, tout en notant "s'attendre à ce que telles choses se produisent".Le camp rebelle a souvent craint ces derniers mois d'être lui-même infiltré dans son bastion de l'Est par des agents pro-Kadhafi.