Libye: l'Afrique craint une déstabilisation régionale, veut une issue rapide

27 mai 2011 à 9h42 par La rédaction

DEAUVILLE (France) (AFP)

Intensification des frappes, départ de Kadhafi ou négociations, les pays du Maghreb et du Sahel réclament avant tout une solution rapide à la crise libyenne, craignant une déstabilisation de la région, un risque souligné vendredi au sommet du G8 à Deauville.

Le président nigérien Mahamadou Issoufou a dit sa crainte que la Libye se "somalise" et ne "déstabilise" toute la région du Sahel, à la veille de son arrivée à Deauville (nord-ouest) et prévenu qu'il porterait ce débat vendredi au G8.

M. Issoufou, dont la récente élection a mis un terme à une délicate transition démocratique au Niger, a notamment évoqué la menace d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et "d'organisations criminelles de trafic de drogue, de trafic d'armes", ainsi que des "forces centrifuges qui vont en rébellion de temps en temps" au Niger et au Mali.

"Toutes ces menaces-là aujourd'hui sont amplifiées par la crise libyenne.C'est pour cela que nous sommes convaincus que cette crise nécessite des réponses rapides pour éviter de déstabiliser la sous-région", a ajouté le président nigérien.

Pour le représentant de l'ONG nigérienne Alternative citoyenne, Hamadou Boulama, la situation est d'autant plus critique que la guerre en Libye a déjà chassé de ce pays "près d'un million de Nigériens, qui ont tout perdu et dont une partie constituent une pépinière de recrutement pour les bandes armées, dont certaines travaillent pour Aqmi".

"Une quantité énorme d'armes circule dans la région, une région qui était déjà hors du contrôle de l'Etat", a-t-il souligné à l'AFP.

Autres voisins de la Libye, l'Egypte et la Tunisie, berceaux du printemps arabe, peinent à rétablir la sécurité nécessaire à une relance du secteur crucial du tourisme.

"Le G8 devrait encore augmenter la pression sur le régime de Kadhafi", a plaidé Tarek Ben Hiba, membre de la Haute instance chargée d'organiser la transition démocratique en Tunisie.

"La Tunisie a fait face en accueillant plus de 200.000 réfugiés à sa frontière sud, mais a besoin d'une aide d'urgence très importante", a-t-il dit à l'AFP.

Il estime que la révolution tunisienne est encore "sérieusement menacée" par "la persistance de noyaux de l'ancien régime (de Ben Ali, tombé le 14 janvier)"."Des armes circulent, des Libyens et des Algériens ont été arrêtés en possession de bombes et d'armes lourdes", une situation difficile à gérer pour "un gouvernement provisoire qui n'a pas la légitimité d'un pouvoir élu".

A Paris, le risque libyen pour la région est pris au sérieux.

On évoque dans les milieux diplomatiques, citant notamment des sources de la rébellion libyenne, une possible "implication tchadienne" du côté des forces de Kadhafi et on "se pose la question" du jeu de l'Algérie dans cette affaire.

S'ils s'accordent à réclamer une issue rapide au conflit libyen, les Africains restent divisés quant à la voie à suivre.

L'Union africaine, qui s'est engagée dans une délicate médiation prévoyant un cessez-le-feu et l'instauration d'une période de transition, a appelé jeudi l'Otan à cesser ses bombardements en Libye, à l'issue d'un mini-sommet sur le sujet à Addis Abeba.

Mais l'UA "reste un petit club de chefs d'Etat incapable d'imposer sa vision aux puissances du G8", déplore Hamadou Boulama, qui aurait préféré une solution "pacifique et africaine" à la crise plutôt qu'une "guerre de l'Otan".

A Deauville, les dirigeants des grandes puissances ont tranché: ils vont "finir le travail" en Libye, selon le président américain Barack Obama, et ont appelé au "départ" de Kadhafi dans leur déclaration finale.