Libye: l'armée se déploie, l'Europe préoccupée par les violences

18 novembre 2013 à 21h36 par La rédaction


Tripoli (AFP)

L'armée s'est déployée lundi dans la capitale libyenne après des heurts meurtriers sur fond de tensions entre groupes armés de Tripoli et milices de Misrata.

Les autorités de la ville de Misrata (200 km à l'est de Tripoli) ont donné 72 heures à leurs miliciens pour quitter la capitale, quasiment paralysée depuis vendredi par des incidents liés à la présence des milices, qui défient le pouvoir central et sèment l'anarchie dans le pays en l'absence de police et d'armée professionnelles.

L'enlèvement dimanche du numéro deux des services du renseignement libyen, Moustapha Nouh, a mis en évidence la faiblesse de l'Etat face à ces milices constituées sur des bases régionales ou idéologiques.

Libéré lundi, M. Nouh a indiqué à la chaîne privée al-Naba qu'il avait été conduit par ses ravisseurs dans la ville de Zenten (ouest), sans préciser leurs motivations.

Des dizaines de blindés de l'armée se sont déployés lundi dans la capitale, selon un journaliste de l'AFP et des témoins.

Des soldats juchés sur des blindés se dirigeaient vers le centre de la ville, sur la route longeant la mer, levant les doigts en V en signe de victoire.

Ce déploiement exceptionnel de l'armée libyenne, en cours de formation, intervient sur instruction du ministère de la Défense et semble avoir rassuré la population de la capitale.Celle-ci était relativement animée en fin d'après-midi alors que la police a annoncé qu'elle allait aussi y renforcer sa présence.

Des violences ont éclaté vendredi quand une milice de Misrata, installée dans le sud de Tripoli, a tiré sur des manifestants pacifiques venus réclamer son départ de la capitale.En représailles, des hommes armés ont attaqué le QG de cette milice, au prix d'affrontements qui ont fait au moins 43 morts et plus de 450 blessés, selon le ministère de la Santé.

L'Union européenne s'est dit "préoccupée par la détérioration importante de la situation politique et sécuritaire en Libye et condamné les violences du 15 novembre à Tripoli", ont indiqué lundi les ministres européens à l'issue d'une réunion à Bruxelles.

Mitrailleuses et armes lourdes

Dans un communiqué, Human Rights Watch (HRW) a appelé le "gouvernement libyen à tenir immédiatement sa promesse de désarmer les milices", soulignant que "les milices de Misrata avaient tiré sur des manifestants pacifiques avec des fusils d'assaut, des mitrailleuses et des armes lourdes".

Des dirigeants locaux, dignitaires et commandants ex-rebelles de Misrata ont réclamé le "retrait de tous les ex-rebelles de Misrata se trouvant à Tripoli quels que soient leurs groupes ou noms (...) sous 72 heures", dans un communiqué.

Lundi, ces milices ont commencé leur retrait de la capitale.L'une d'elles a été impliquée dans des heurts dans le quartier de Salaheddine (sud), selon des témoins.

Selon des images de la télévision locale de Misrata, Ces miliciens sont accueillis à Misrata comme des héros par des dizaines d'habitants. 

Si le retrait des Misratis devrait calmer la situation, il ne mettra pas fin à la présence des milices dans la capitale, dont celles de Zenten qui contrôlent plusieurs quartiers à Tripoli, en particulier la route de l'aéroport.

Les ex-rebelles de Zenten et Misrata ont puisé dans l'arsenal de l'ancien régime de Mouammar Kadhafi.Ils sont les mieux armés en Libye, disposant de différentes armes légères et lourdes et de véhicules blindés, dont des chars.

Pour aider les autorités à faire le poids face à ces milices, l'armée américaine a annoncé lundi qu'elle se préparait à former "5.000 à 8.000 soldats libyens" en Bulgarie pour aider Tripoli à mettre en place une armée professionnelle.

Après un calme relatif dimanche, les violences ont touché lundi Benghazi, chef-lieu de l'Est libyen où le gouverneur militaire de la ville, le colonel Abdallah al-Saiti, a échappé à une tentative d'assassinat au cours de laquelle un soldat a été tué et un autre grièvement blessé.

Les incidents de vendredi, les plus meurtriers à Tripoli depuis la révolution de 2011 qui a renversé Mouammar Kadhafi, ont ravivé la colère des Tripolitains, qui ont observé en nombre lundi une deuxième journée de grève générale.

La capitale et ses banlieues étaient quasi-paralysées et la plupart des magasins ont baissé leurs rideaux.