Libye: l'insurrection cherche à construire l'avenir

28 mars 2011 à 7h52 par La rédaction

BENGHAZI (Libye) (AFP)

L'opposition libyenne cherche à traduire son avancée militaire sur le plan politique, et à construire un gouvernement parallèle pour préparer l'après-Kadhafi, alors que les combats font toujours rage dans le pays.

La tâche à laquelle se sont attelés une poignée de membres de l'élite libyenne, dont un certain nombre rentre d'exil, est délicate, notamment en raison des télécommunications très perturbées et des sensibilités très variées des Libyens à travers le pays.

La voix officielle de l'opposition Libyenne est pour l'instant le Conseil national de transition (CNT), composé de 31 représentants des principales villes du pays.

Seuls les noms de 13 d'entre eux ont été révélés, les porte-paroles du Conseil indiquant qu'il est trop dangereux de donner les noms des représentants issus de zones contrôlées par Mouammar Kadhafi.

Le dirigeant du Conseil est Moustapha Abdeljalil, l'ancien ministre de la Justice, qui vit caché, en raison des menaces.Le régime libyen a promis le 9 mars une récompense financière de près d'un demi-million de dollars à toute personne qui le remettrait aux autorités.

Le numéro deux est Abelhafez Ghoqa, qui est aussi le porte-parole officiel de l'institution.

Le Conseil chapeaute une série de comités chargés d'assurer la gestion au quotidien des villes tenues par les rebelles.

"Nous nous sommes assuré que la situation est plus ou moins acceptable dans les villes libérées", explique Mme Imane Bougaighis, une orthodontiste désormais membre du comité "médias".

"Les gens ont reçu leurs salaires à temps le mois dernier, et on s'efforce de faire en sorte que cela soit le cas aussi ce mois-ci", explique-t-elle.

Le Conseil s'attèle désormais à former un véritable cabinet, composé de ministres mandatés pour échanger avec leurs homologues à l'étranger.

"Nous avons besoin d'une entité plus organisée, capable de construire de véritables institutions", souligne Mme Bougaighis.

"On peut décrire le CNT comme un organe détenant le pouvoir législatif, et le nouvel organe, qui aura l'exécutif, sera un gouvernement de transition mis en place soit lors de la chute de Tripoli, soit avant", a ajouté Moustapha Gheriani, autre membre du comité médias du Conseil.

Il aurait aimé que l'exécutif soit formé plus tôt.

Mais selon certaines sources, des membres du Conseil étaient réticents jusque récemment à la formation d'un gouvernement tant que le régime de Kadhafi contrôlait l'Ouest du pays, pour éviter de laisser penser que l'opposition formait un gouvernement représentant l'Est libyen.

"Le CNT existe toujours, et c'est le symbole de l'unité", a estimé M. Boughaigis, ajoutant que des dirigeants politiques issus de l'Ouest libyen pourraient se joindre à un éventuel gouvernement parallèle au fur et à mesure que les rebelles progressent dans cette partie du pays.

La méfiance ou le ressentiment des Libyens à l'égard de leurs compatriotes rentrant d'exil doivent aussi être prises en compte dans la formation d'un cabinet.

Le gouvernement envisagé devrait être dirigé par Mahmoud Jibril, un ancien universitaire, qui a déjà rencontré, en tant que représentant de l'insurrection, la secrétaire d'Etat Hillary Clinton et le président français Nicolas Sarkozy.

Le ministère de la Défense pourrait revenir à Omar al-Hariri, alors que l'ancien ministre de l'Economie et diplomate Ali Essaoui aurait les Affaires étrangères.

L'économiste Ali Tarhoni a déjà été chargé des questions économiques, financières et pétrolières, et il a indiqué samedi à la presse avoir délégué à Qatar petroleum, la compagnie pétrolière publique de l'émirat, la commercialisation du brut produit dans les zones contrôlées par les rebelles.