Libye: l'islam sera la principale source de législation, affirme le chef du CNT

Par La rédaction

TRIPOLI (AFP) - (AFP)

 Le chef des autorités de transition, Moustapha Abdeljalil, a affirmé que l'islam serait la principale source de législation dans la nouvelle Libye, mais a rejeté toute "idéologie extrémiste".

Parallèlement, Amnesty International a accusé dans un rapport publié mardi l'ancien régime de Mouammar Kadhafi de crimes contre l'humanité, tout en pointant aussi du doigt des abus commis par des combattants proches du Conseil national de transition (CNT), qui pourraient constituer des crimes de guerre.

Sur le terrain, aucune offensive d'envergure n'a eu lieu sur les principales villes aux mains des pro-Kadhafi -Bani Walid (170 km au sud-est de Tripoli), Syrte (360 km à l'est de Tripoli) et Sebha (centre)- qui ont montré ces derniers jours leur capacité à résister et même à contre-attaquer.

Dans son premier discours public à Tripoli, M. Abdeljalil a affirmé lundi soir que l'islam serait "la principale source de la législation" de la nouvelle Libye.

"Nous n'accepterons aucune idéologie extrémiste de droite ou de gauche.Nous sommes un peuple musulman, à l'islam modéré et nous allons rester sur cette voie", a néanmoins précisé le chef des nouvelles autorités, arrivé samedi pour sa première visite à Tripoli depuis le début de la révolte en février.

"Vous serez avec nous contre toute personne qui chercherait à voler notre révolution", a lancé à la foule cet ancien ministre de la Justice de M. Kadhafi qui a rallié la rébellion dès les premiers jours.

A New York, les Nations unies ont pourtant pressé le CNT, issu de la rébellion, de placer davantage de femmes à des postes clé et de donner plus de poids à l'égalité entre les sexes dans la future Constitution du pays.

"Nous avons reçu des ébauches de la (nouvelle) Constitution libyenne.Nous comprenons qu'elles sont préliminaires et provisoires, mais elles ne respectent pas les changements modernes selon lesquels la vie politique" ne concerne pas que les hommes, a déclaré l'ambassadeur de Norvège à l'ONU, Morten Wetland.

Alors que le conflit n'est pas complètement fini avec Mouammar Kadhafi en fuite et ses hommes tentant de défendre ses derniers bastions, l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International a condamné la tendance du CNT à minimiser les crimes de certains de ses combattants.

Des combattants du CNT "ont enlevé, détenu arbitrairement, torturé et tué d'anciens membres des forces de sécurité soupçonnés de loyauté envers Kadhafi, et capturé des soldats et des étrangers soupçonnés à tort d'être des mercenaires", affirme Amnesty.Les autorités du CNT "se montrent réticentes à les tenir responsables".

Près de Bani Walid, le chirurgien d'un hôpital de campagne installé par les pro-CNT a lui-même dénoncé lundi les traces de tortures relevées sur un prisonnier pro-Kadhafi: "Je crains que l'on soit en train de remplacer un Kadhafi par un autre".

Amnesty reconnaît cependant que les crimes commis par l'opposition ont été à "moindre échelle" que ceux du régime de Kadhafi.

A Washington, l'administration Obama s'est émue du sort des migrants et réfugiés d'Afrique noire en Libye, comme plusieurs pays et organisations depuis quelques mois, évoquant des faits de racisme et de violences et appelant à protéger ces populations.

Toujours combatif, Mouammar Kadhafi a affirmé n'avoir d'autre choix que de lutter "jusqu'à la victoire", dans un message lu lundi sur Arraï."Il n'est pas possible de céder la Libye aux colonisateurs une nouvelle fois", a-t-il insisté dans ce texte.Selon le directeur de la chaîne basée à Damas, Kadhafi n'a pas quitté son pays.

Plus de trois jours après l'expiration de l'ultimatum fixé par le CNT aux pro-Kadhafi pour déposer les armes, des dizaines de civils ont profité d'une accalmie pour fuire Bani Walid, tandis que des combattants du nouveau régime ont annoncé qu'un probable soulèvement à Syrte avait fait quatre morts.

Après des affrontements meurtriers dimanche à Bani Walid, les commandants hésitaient à lancer l'offensive annoncée sur cette vaste oasis parsemée de collines qui compte 52 villages et 100.000 habitants, pour la plupart armés.

La bataille pour Syrte semblait encore moins bien engagée.Par l'ouest ou par l'est, les pro-CNT massés sur la route côtière étaient encore à des dizaines de km de leur cible.Ceux de l'Est ont de plus subi lundi à l'arrière une contre-offensive des pro-Kadhafi qui a fait 12 morts dans leurs rangs sur un site pétrolier près de Ras Lanouf, conquis fin août.