Libye: la coalition maintient la pression militaire, cherche une issue politique

25 mars 2011 à 15h47 par La rédaction

TRIPOLI (AFP)

La coalition internationale a maintenu vendredi la pression militaire sur les forces du colonel Mouammar Kadhafi, tout en commençant à chercher une issue politique à une opération militaire qui pourrait durer encore des "semaines" selon Paris.

Des bombardements aériens visaient vendredi après-midi les positions des forces pro-Kadhafi à Ajdabiya, ville clé de l'Est libyen aux mains des loyalistes à 160 km au sud de Benghazi, le fief de la rébellion, selon un journaliste de l'AFP.

"Nous sommes entrés dans la ville (...).Nous les harcelons", a assuré à l'AFP le colonel rebelle Mohamad Ehsayer."Nous attaquons la porte Est.Là, ils ont une quinzaine de chars et une cinquantaine d'hommes.Ils n'ont pas d'autre choix que de se rendre".

Des dizaines d'habitants fuyaient vendredi vers le désert:."Jusqu'ici, on tenait le coup, mais là ce n'est plus possible", a raconté Mansour Zaqzaq."Depuis hier, les femmes et les enfants pleurent sans arrêt (...).Nous avons des voisins qui n'ont pas de voiture, eux sont prisonniers et doivent rester".

Dans la nuit, des avions britanniques ont tiré des missiles sur des véhicules blindés à Ajdabiya, et un avion de chasse français a détruit une batterie d'artillerie de l'armée libyenne près d'Ajdabiya.

Le chef d'état-major français, Edouard Guillaud, a assuré que l'espace aérien libyen était "sous contrôle".

Interrogé sur une radio française, ce responsable a précisé qu'il "pensait" que les opérations alliées en Libye se prolongeraient pendant des "semaines": "Je doute que ce soit en jours, je pense que ce sera en semaines, j'espère que ce ne sera pas en mois".

 "Il n'y aura pas d'enlisement militaire au sens strict du terme car évidemment la solution est politique", a-t-il ajouté.

Le président français Nicolas Sarkozy a annoncé que la France et le Royaume-Uni préparaient une initiative commune à l'approche du sommet de Londres prévu mardi, en vue de parvenir à cette "solution" politique.

"Ce sera une initiative franco-britannique pour bien montrer que la solution ne peut pas être que militaire, elle sera forcément une solution politique et diplomatique", a-t-il expliqué.

Il a prévisé que même si le Conseil national de transition (CNT) libyen, mis en place par l'opposition à Benghazi, ne représentait "pas toute la Libye", il avait le mérite d'exister.

L'Union africaine tentait aussi de trouver une issue négociée.Une réunion a débuté vendredi matin à son siège à Addis Abeba, en présence d'une importante délégation gouvernementale libyenne, mais sans représentant de la rébellion.Dans l'après-midi, les discussions se poursuivaient à huis-clos.

 Le Qatar a annoncé vendredi que certains de ses avions de combat avaient survolé la Libye, devenant le premier pays arabe à participer à l'opération militaire internationale.

D'après un bilan provisoire communiqué par le régime libyen, les raids ont fait "environ 100 morts" parmi les civils.Le chef militaire de la coalition, le général Carter Ham, a reconnu ne pas "être sûr qu'il n'y ait eu aucune victime civile" mais assuré: "Nous sommes très, très précis et sélectifs dans nos objectifs".

A Tripoli, des tirs de la défense anti-aérienne et plusieurs fortes détonations ont été de nouveau entendues jeudi soir, selon un journaliste de l'AFP.

Dans le quartier rebelle de Tajoura, dans la banlieue est de Tripoli, la tension était palpable vendredi, après les raids réguliers contre les nombreux sites militaires de cette zone depuis le début des opérations de la coalition le 19 mars.

Concernant la conduite des opérations, les pays de l'Otan ont conclu jeudi un compromis laborieux: ils vont prendre dans l'immédiat le relais de la coalition pour la zone d'exclusion aérienne, mais pas tout de suite pour les frappes au sol.

Mais la confusion et les ambiguïtés demeuraient vendredi en raison de clivages de fond sur le rôle de l'Alliance atlantique.

Des négociations doivent se poursuivre dimanche.L'objectif est de faire en sorte que l'Alliance prenne bientôt toutes les opérations en main, sans que l'ensemble de ses 28 pays membres n'aient à assumer des bombardements, que refuse notamment la Turquie.

Les Etats-Unis qui commandent aujourd'hui la coalition chargée de faire respecter la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU en Libye, veulent s'effacer rapidement au profit de l'Otan.

Mais la France estime que la coordination de la coalition doit rester "éminemment politique" et que le rôle de l'Alliance doit être purement technique et opérationnel.

 Le colonel Kadhafi, au pouvoir depuis près de 42 ans, fait face depuis le 15 février à une révolte qui a fait des centaines de morts et poussé plus de 300.000 personnes à fuir.

Les capitaineries des ports italiens ont d'ailleurs été placées en état d'"alerte maximale" en prévision de l'arrivée d'immigrants en provenance d'Afrique du Nord, au total 13.500 ces 20 derniers jours sur la seule île de Lampedusa.