Libye: la rébellion veut le départ Kadhafi, critiques contre l'Otan

12 avril 2011 à 14h41 par La rédaction

BENGHAZI (Libye) (AFP)

La rébellion libyenne a rejeté toute solution diplomatique ne prévoyant pas le départ de Mouammar Kadhafi, tandis que la France et le Royaume-Uni ont pressé mardi leurs alliés au sein de l'Otan à intensifier leurs efforts en Libye pour éviter un enlisement du conflit.

"Le peuple réclame le départ de Mouammar Kadhafi et de ses fils.Toute initiative ne tenant pas compte de cette demande n'est pas digne de considération", a déclaré lundi soir le chef du Conseil national de transition (CNT), Moustapha Abdeljalil, en rejetant un cessez-le-feu proposé par l'Union africaine (UA) et accepté la veille par le colonel Kadhafi.

Le message sera sûrement discuté mercredi à Doha lors de la réunion du Groupe de contact sur la Libye, créé fin mars à Londres pour piloter le volet politique de l'intervention internationale, et qui compte une vingtaine de pays et d'organisations régionales et internationales.

L'UA proposait la cessation immédiate des hostilités, un acheminement de l'aide humanitaire et le lancement d'un dialogue en vue d'une transition, mais pas le départ immédiat du dirigeant libyen, au pouvoir depuis plus de 40 ans et confronté depuis mi-février à une rébellion sans précédent.

Selon un dernier bilan du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), près de 500.000 personnes ont déjà fui les violences en Libye.

Le président russe Dmitri Medvedev a estimé mardi, sans nommer Mouammar Kadhafi, que les dirigeants libyens devaient partir "pour donner à leur pays la possibilité de se développer".

Et le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a réaffirmé qu'il n'y avait pas d'avenir "viable" pour la Libye sans un départ de M. Kadhafi, au lendemain de nouvelles déclarations en ce sens de Washington.

Le fils du dirigeant libyen, Seif al-Islam, a cependant jugé "vraiment ridicule" de "parler du départ" de son père.

Parallèlement, la France et la Grande-Bretagne ont pressé mardi les autres pays de l'Otan intervenant en Libye d'intensifier leurs efforts, sans parvenir à rallier tous leurs partenaires.

Le ministre français de la Défense, Gérard Longuet, a déploré que Paris et Londres supportent "l'essentiel" de l'effort de la coalition internationale.

M. Hague a plaidé pour "maintenir et intensifier nos efforts au sein de l'Otan", tandis que son homologue français Alain Juppé a affirmé que l'Otan ne jouait "pas suffisamment" son rôle.

Mais plusieurs alliés comme l'Espagne et l'Italie ont exprimé des réserves.Un intensification "n'est pas nécessaire, l'action de l'Otan se déroule bien, il n'y a rien à réviser en ce moment", a ainsi estimé le secrétaire d'Etat espagnol aux Affaires européennes, Diego Lopez Garrido.

"Avec les moyens dont nous disposons, nous faisons un bon travail", a assuré le général Mark van Uhm, chef des opérations conjointes de l'Alliance, précisant que l'Otan avait maintenu "ses opérations à un rythme élevé" ces jours derniers.

"Nous savons que nos frappes font leur effet.Les forces pro-Kadhafi ne peuvent pas combattre où elles veulent, comme elles veulent, et elles ne peuvent pas utiliser les armes qu'elles veulent", a-t-il ajouté.

Selon lui, les forces gouvernementales pourraient désormais favoriser des tactiques de harcèlement, à bord de simples voitures ou de pick-up, "afin d'user l'opposition psychologiquement plutôt que de chercher à gagner du terrain, en particulier dans l'est".

Sur le terrain, des sources rebelles et médicales ont annoncé mardi la mort la veille de trois civils tués par des tirs des pro-Kadhafi à l'ouest d'Ajdabiya (est), ville stratégique à 160 km au sud de Benghazi, reprise par les rebelles au terme de violents combats qui ont fait une cinquantaine de morts ce week-end.

La ville était relativement calme mardi matin, mais la fébrilité régnait parmi les insurgés, selon un journaliste de l'AFP.Un simple coup de feu a ainsi déclenché une chasse au sniper chaotique qui s'est soldée par un blessé chez les rebelles...victime d'un tir ami.

"La ville n'est pas encore complètement nettoyée", a assuré Khaled Obeidi, un rebelle de 29 ans, mais les opérations sont compliquées pour les insurgés, pour la plupart inexpérimentés et à peine armés, sans commandement ni moyen de communiquer.Si ce n'est en hurlant et en agitant les bras.

L'autre point sensible restait la ville de Misrata, bastion rebelle à 200 km de Tripoli bombardé sans relâche depuis des semaines.

L'Organisation internationale pour les migrations (OMI) a envoyé un bateau vers ce port assiégé pour tenter d'évacuer vers Benghazi les milliers de migrants qui s'y trouvent bloqués, afin qu'ils puissent gagner ensuite par la route la frontière égyptienne.

Les pays européens ont poursuivi mardi les préparatifs en vue d'une mission militaro-humanitaire à Misrata, malgré les menaces de riposte violente de Tripoli et les hésitations de l'ONU.

Le plan, qui a déjà reçu près de 10 millions d'euros, prévoit de mobiliser "quelques centaines de soldats au maximum" pour permettre l'accès de l'aide aux 300.000 habitants de la ville, selon une source diplomatique.