Libye : la rébellion vise Brega et se consolide à l'ouest

Par La rédaction

GOUALICH (Libye) (AFP) - (AFP)

Les rebelles libyens consolidaient jeudi leurs positions dans l'ouest près d'Al-Assabaa, ville stratégique à 80 km au sud de Tripoli, tout en se préparant à lancer une offensive sur la ville pétrolière de Brega.

Ces développements sur le terrain interviennent à la veille de la tenue à Istanbul d'une quatrième réunion du groupe de contact sur la Libye, au cours de laquelle une quinzaine de ministres des Affaires étrangères sont attendus pour discuter d'une solution politique au conflit et coordonner l'aide internationale à la rébellion.

Sont notamment attendus Hillary Clinton pour les Etats-Unis, Alain Juppé pour la France, Franco Frattini pour l'Italie et William Hague pour le Royaume Uni.Moscou a décliné l'invitation.

A Benghazi, les insurgés ont indiqué à l'AFP qu'ils pourraient lancer plus tard jeudi ou tôt vendredi une attaque sur Brega, actuellement aux mains des forces gouvernementales.Brega a été reprise puis perdue plusieurs fois par les forces loyales au régime de Mouammar Kadhafi.

"Nous nous préparons à entrer dans Brega, l'attaque va bientôt commencer", a déclaré un responsable rebelle, ajoutant que l'offensive, prévue mercredi soir, avait été retardée.De son côté, l'Otan a annoncé avoir détruit mercredi six objectifs militaires des forces kadhafistes à Brega.

Dans l'Ouest, le gros des forces des insurgés est revenu à Goualich, à 17 km au sud d'Al-Assabaa, pour sécuriser le hameau, pris il y a plus d'une semaine par la rébellion et qui a été la cible mercredi d'une contre-offensive du régime.

Les rebelles ont conservé le contrôle de Goualich à l'issue d'intenses combats qui ont fait au moins huit morts et une trentaine de blessés parmi eux.Les morts ont reçu une sépulture jeudi, a constaté une journaliste de l'AFP.

Après avoir réinvesti Goualich mercredi, les rebelles avaient progressé d'une dizaine de kilomètres vers le nord, parvenant aux portes d'Al-Assabaa, dernière ville avant Gharyane, verrou stratégique en direction de la capitale libyenne, bastion du régime de Kadhafi.

Les insurgés, qui "viennent de toutes les villes et de tous les villages" environnants, "sont à dix-quinze kilomètres d'Al-Assabaa.Nous examinons les positions des forces de Kadhafi.Nous attaquerons après cela", a déclaré à l'AFP Mokhtar Lakdar, un commandant rebelle très respecté dans l'Ouest.

"La première chose à faire, c'est de préparer des plans pour sécuriser toutes les localités (aux mains des rebelles), puis pour attaquer Al-Assabaa", a-t-il ajouté.

 "Nous ferons sauter Tripoli"

A Tripoli, les autorités libyennes ont de leur côté annoncé avoir totalement rompu leur coopération avec le géant énergétique italien Eni en raison de la participation de Rome aux frappes de l'Otan.

"Eni, c'est terminé et pour de bon", a affirmé le Premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi, devant la presse, accusant Rome d'avoir "violé" un accord de non-agression signé il y a trois ans avec la Libye."Nous n'aurons plus de partenariat avec Eni et l'Italie n'obtiendra à l'avenir aucune part dans les contrats pétroliers en Libye", a-t-il ajouté.

Il a estimé les investissements d'Eni dans le secteur pétrolier libyen à 30 milliards de dollars.

Le responsable libyen est en revanche resté prudent quant à la France et aux Etats-Unis, affirmant que Tripoli tendait la main à ces deux pays et se tenait "prêt" à négocier des contrats pétroliers avec eux car ils "commencent à revoir leur position sur l'agression atlantique" contre la Libye.

De son côté l'émissaire du Kremlin, Mikhaïl Marguelov, a prévenu que le régime avait un plan "suicidaire" pour faire sauter Tripoli en cas d'attaque des forces rebelles.

"Le Premier ministre libyen (Baghdadi Mahmoudi) m'a dit à Tripoli : +si les rebelles prennent la ville, nous la couvrirons de missiles et la ferons sauter+", a-t-il dit, mettant par ailleurs en doute l'hypothèse selon laquelle le régime libyen serait à court de munitions.

"Kadhafi n'a pas utilisé un seul missile sol-sol, et il en a beaucoup.Cela incite à douter qu'il manque d'armes.Théoriquement, Tripoli peut manquer de munitions pour les chars et les armes légères, mais le colonel a des missiles et des explosifs en quantité", a-t-il jugé.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a quant à elle affirmé mercredi que les jours de Mouammar Kadhafi à la tête de la Libye étaient "comptés", rappelant qu'il n'avait toujours pas rempli les exigences de la communauté internationale, à savoir retirer ses troupes et quitter le pouvoir.

"Bien que ni nous, ni la Russie, ne puissions prévoir le jour ni l'heure à laquelle Kadhafi quittera le pouvoir, nous sommes d'accord pour dire que ses jours sont comptés", a-t-elle dit au cours d'une conférence de presse commune à Washington avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.