Libye: le général dissident accentue la pression sur les autorités

22 mai 2014 à 12h28 par La rédaction


Tripoli (AFP)

Le général dissident Khalifa Haftar accentue la pression sur les autorités au pouvoir en Libye, exigeant la mise en place d'un "Conseil présidentiel" pour mener une période de transition dans un pays devenu selon lui un "repaire pour les terroristes".

Sa feuille de route prévoit la suspension du Congrès général national (CGN, Parlement) plus haute autorité politique et législative du pays, de plus en plus contesté.

Le général à la retraite qui parlait tard mercredi soir "au nom de l'armée" depuis l'est du pays, n'a pas expliqué toutefois comment il allait mettre son plan à exécution, dans un pays miné par l'anarchie et les violences depuis al chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

Khalifa Haftar a obtenu un nouveau soutien mercredi soir: le ministre de la Culture, Habib Lamine, a été le premier membre du gouvernement à se déclarer ouvertement en faveur de la démarche du général déjà fort du soutien de plusieurs militaires et milices.

Accusé par les autorités de tentative de coup d'Etat, le général a lancé vendredi une offensive contre les groupes radicaux à Benghazi (est) qu'il accuse de "terrorisme" et les combats ont fait des dizaines de morts. 

 

- "Libye, repère de terroristes" - 

 

"La Libye est devenue un repère pour les terroristes qui contrôlent les rouages de l'Etat", a-t-il encore dit mercredi soir.

M. Haftar assure ne pas vouloir prendre le pouvoir, mais il exige la dissolution du CGN dominé par des blocs islamistes, dont certains membres sont accusés de complicité avec des groupes radicaux. 

"Le Conseil supérieur des forces armées", auto-déclaré, demande au Conseil supérieur de la magistrature (CSM), la plus haute autorité juridique de Libye, "de former un Conseil supérieur présidentiel, civil, qui aura pour mission de former un gouvernement d'urgence et préparer des élections législatives", a indiqué M. Haftar, qui lisait un communiqué.

Le Conseil présidentiel remettra le pouvoir ensuite au Parlement élu, a ajouté M. Haftar qui parlait depuis la ville d'Al-Abyar (est).Ce Conseil est appelé, selon M. Haftar, à remplacer le CGN issu des élections de juillet 2012, premier scrutin libre du pays.

- 25 juin, élection du parlement -

 

Selon M. Haftar, "l'armée" a pris ces décisions après le refus du CGN de suspendre ses travaux "comme le réclame la population".

Le Congrès est en effet considéré par plusieurs observateurs comme une des causes de la crise.Il est notamment critiqué pour n'avoir su rétablir la sécurité.

Face à une recrudescence des violences nourries par des tensions politiques, la Commission électorale a fixé au 25 juin la date de l'élection d'un nouveau Parlement pour remplacer le CGN.

Le gouvernement de transition avait aussi proposé cette semaine la "mise en congé" du CGN, pour éviter que le pays "ne sombre dans la guerre civile".Mais le Congrès n'a pas donné de réponse.

Sur le terrain, l'ambiance était au calme jeudi à Tripoli, malgré la tension entre milices islamistes et d'autres groupes armés anti-CGN qui appuient l'opération de M. Haftar, baptisée "Dignité".

En effet, plusieurs officiers et brigades ont annoncé qu'ils se joignaient à la force paramilitaire de Haftar, dont le chef d'état-major de la Défense aérienne et une unité d'élite de l'armée à Benghazi.

Mercredi, le chef d'état-major de la marine a été "légèrement blessé" dans une attaque contre son convoi à Tripoli. 

Et des explosions ont été entendues dans le quartier de Salaheddine, dans le sud de la capitale qui abrite des sites militaires occupés par de puissantes brigades de la région de Zenten, considérées comme le bras armé du courant libéral qui réclame la dissolution du Congrès.

Des responsables politiques ont déclaré aussi leur soutien à l'opération "anti-terroriste" toutefois accueillie avec beaucoup de méfiance, y compris parmi les anti-islamistes, qui doutent de ses motivations réelles.

"Je soutiens cette opération contre les groupes terroristes.Le CGN, qui protège les terroristes, ne me représente plus", a déclaré mercredi soir à l'AFP le ministre de la Culture, affirmant toutefois qu'il gardait son poste jusqu'à sa "démission ou limogeage".

L'ambassadeur de la Libye à l'ONU, Ibrahim Dabbachi a déclaré aussi son soutien depuis New York.

Les Etats-Unis ont dit n'approuver ni  soutenir "les actions conduites sur le terrain".