Libye: le général Haftar nommé à la tête de l'armée du gouvernement reconnu

2 mars 2015 à 19h03 par La rédaction

Benghazi (Libye) (AFP)

Le général controversé Khalifa Haftar, hostile aux islamistes, a été nommé lundi à la tête des forces armées loyales au Parlement libyen reconnu par la communauté internationale, une décision qui rend encore plus difficile toute solution politique dans ce pays profondément divisé.

M. Haftar, 72 ans, s'autoproclamait déjà chef de l'Armée nationale libyenne (ANL), une force paramilitaire formée notamment d'officiers ayant fait défection de l'armée de l'ex-dictateur Mouammar Kadhafi, qui combat depuis plusieurs mois les groupes islamistes dans l'est de la Libye.

"J'ai choisi le général de division Khalifa Belgacem Haftar pour le poste de commandant général de l'armée", créé sur mesure pour lui par les parlementaires le 24 février, a déclaré sans surprise lundi à l'AFP le président du Parlement reconnu par la communauté internationale, Aguila Salah Issa.

Le porte-parole du chef d'état-major de l'armée, le colonel Ahmed al-Mesmari, a précisé que Khalifa Haftar, également promu lieutenant-général, devrait prêter serment mardi.

Cette annonce intervient alors que la Libye plonge chaque jour un peu plus dans le chaos: le pays est dirigé par deux Parlements et deux gouvernements rivaux; l'un, proche de la coalition de milices Fajr Libya siège à Tripoli, l'autre, reconnu par la communauté internationale, est installé à Tobrouk (est).

 

- Dignité -

 

En le faisant chef de l'armée, les autorités installées à Tobrouk, d'abord ouvertement opposées au général, reconnaissent le statut d'homme fort qu'il a acquis en quelques mois.

En mai 2014, face au délitement du pays depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, Haftar lance une opération contre des groupes qu'il qualifie de "terroristes" à Benghazi (est), fief de milices islamistes lourdement armées.

Se présentant comme le "sauveur" de l'armée et d'un pays plongé dans le chaos, il n'hésite alors pas à critiquer les faibles autorités, qu'il accuse de favoriser l'influence de milices d'ex-rebelles au dépend de la construction d'une armée professionnelle et disciplinée.

L'opération, baptisée "Dignité", ne rencontre pas le succès qu'il espère et, en octobre, il annonce une nouvelle contre-offensive pour reprendre Benghazi - cette fois-ci avec le soutien du Parlement et du gouvernement.Il parvient à reconquérir une grande partie de la ville.

Ces dernières semaines, le général Haftar et ses alliés ont tenté de se placer en première ligne dans la lutte contre l'organisation Etat islamique (EI), qui monte en puissance en Libye, et réclamé une aide internationale.

 

- Réticences occidentales -

 

Mais les pays occidentaux, qui appellent de leurs voeux l'instauration d'un dialogue en Libye, ont rejeté l'idée de soutenir les forces de Haftar, craignant d'aggraver les divisions, Fajr Libya excluant toute implication du général dans une future solution politique.

Dans ce contexte, l'"officialisation" de Khalifa Haftar comme chef de l'armée risque de compliquer davantage la tâche de l'ONU - artisan d'une tentative de dialogue entre parties rivales en Libye.

Ce dernier est déjà mal en point, le Parlement reconnu par la communauté internationale ayant décidé la semaine dernière de "suspendre" sa participation au dialogue, arguant de pressions de pays occidentaux pour intégrer des islamistes dans un futur gouvernement d'union.

Le représentant des Nations unies en Libye, Bernardino Leon, tentait lundi de relancer les négociations.Selon des députés, M. Leon s'est rendu à Tripoli pour rencontrer des représentants du Congrès général national (CGN, Parlement sortant) réactivé par Fajr Libya, puis à Tobrouk, pour se réunir avec leurs rivaux.

Mais plusieurs observateurs soulignent que tout effort de dialogue semble vain si Fajr Libya et les forces de Haftar ne se mettent pas autour d'une même table.Or jusqu'ici, les "ailes dures" des deux camps rejettent tout dialogue avec la partie adverse.

Les pays occidentaux estiment aussi que Haftar "met dans le même sac islamistes modérés et extrémistes", selon un diplomate occidental.