Libye: le mandat de la CPI va pousser Kadhafi dans ses derniers retranchements

Par La rédaction

TRIPOLI (AFP) - (AFP)

En fermant la porte à un règlement politique, le mandat d'arrêt délivré par la Cour pénale internationale (CPI) contre Mouammar Kadhafi va pousser le régime libyen dans ses derniers retranchements, avec pour seule logique, la victoire militaire, selon des experts.

La décision de la CPI marque "la fin d'une tentative politique négociée permettant à Kadhafi de se cacher quelque part en Libye le temps qu'une transition se fasse", pense Luis Martinez, chercheur au CERI (Centre d'études et de recherches internationales de Sciences Po Paris).

"Cela pourrait en fait juste renforcer un peu plus la détermination (de Kadhafi) à ne pas quitter la Libye", ajoute Firas Abi, directeur-adjoint pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord de la société londonienne de renseignement et d'analyse Exclusive Analysis.

Plusieurs pays, dont la Turquie, avaient offert au "Guide" leur médiation pour lui assurer une retraite, dans le pays ou à l'étranger, lui garantissant une certaine immunité.

C'est le scénario qu'a notamment choisi l'ex-dictateur tunisien Zine El Abidine Ben Ali.En exil en Arabie saoudite depuis sa démission le 14 janvier, il a été condamné par contumace à 35 ans de prison.

Mais le colonel Kadhafi a toujours refusé une telle fin, et il a été impossible de "parvenir à un accord interne permettant de le cacher pendant tant d'années, le temps que tout se calme et qu'ensuite on le juge", note M. Martinez.

Pour preuve, Moustapha Abdeljalil, le président du Conseil national de transition (CNT, organe politique des rebelles), a encore averti lundi que "toute personne qui tenterait de le cacher sera traquée et présentée à la justice".

Et, remarque Natalino Ronzitti, même si le Conseil de sécurité de l'ONU devait décider la suspension de l'enquête de la CPI "pendant un an, pour permettre de négocier un exil de Kadhafi"..."Où partirait-il en exil?", s'interroge ce spécialiste italien du droit international: "Les Etats membres de l'ONU auront l'obligation de coopérer pour l'extrader".

En conséquence, note Luis Martinez, du Céri, "il n'y a plus de possibilité pour (Kadhafi) et son fils de faire marche arrière": "c'est la logique de la victoire militaire qui va prédominer".

Le colonel, au pouvoir depuis près de 42 ans, se fait plus de souci pour "sa situation militaire difficile" sur le terrain, que pour le mandat de la CPI contre lui, confirme Firas Abi.

Les rebelles ne sont plus qu'à 50 km au sud de Tripoli et mardi ils ont réussi à mettre la main sur un vaste dépôt de munitions, à 120 km de la capitale.Cette prise pourrait être déterminante pour marcher sur le fief du régime.

Citant l'exemple du président soudanais Omar el-Béchir, ces experts jugent peu probable que M. Kadhafi comparaisse un jour à La Haye.Sous le coup de deux mandats d'arrêt de la CPI, depuis 2009, M. Béchir continue à voyager à l'étranger sans être inquiété.Encore lundi soir, il est arrivé en Chine pour une visite officielle.

"S'ils capturent Kadhafi vivant, les rebelles auront la pression (de leur population) pour le juger en Libye plutôt que de le transférer à l'étranger", observe d'ailleurs M. Abi.

Le chef du CNT a ainsi assuré lundi soir que les rebelles "ferons tout ce qu'(ils peuvent) pour amener Kadhafi devant la justice", se disant "capables d'appliquer cette décision".

En somme, dit Natalino Ronzitti, de l'Institut des Affaires internationales de Rome, le mandat de la CPI ne va pas hâter la fin du conflit armé, né d'une révolte populaire débuté il y a plus de quatre mois.

Pour l'analyste italien, "si des forces terrestres ne sont pas déployées (par l'Otan), l'impasse va demeurer".