Libye: le régime accusé de miner Misrata, Moscou veut le départ de Kadhafi

27 mai 2011 à 11h42 par La rédaction

TRIPOLI (AFP)

Le régime libyen a été accusé vendredi par l'Otan d'avoir miné les environs de Misrata (ouest) alors que sur le plan diplomatique, il essuyait un sérieux revers avec la décision de la Russie d'appeler au départ du colonel Mouammar Kadhafi.

L'Alliance atlantique, qui a pris fin mars la direction des opérations militaires internationales en Libye, a accusé le régime d'avoir posé un "champ de mines" autour de Misrata, troisième ville du pays assiégée pendant deux mois par les forces gouvernementales.

Le 12 mai, en partie grâce aux frappes aériennes de l'Otan, les rebelles étaient parvenus à desserrer l'étau et à reprendre l'aéroport.

L'objectif des forces de Kadhafi est "d'empêcher la population de circuler", a estimé le commandant en chef de l'opération Protecteur unifié, le général Charles Bouchard.

"Le danger est évident (...) L'intention du régime est de reprendre la ville et d'infliger de nouvelles pertes" à ses habitants, a-t-il assuré.

L'Otan, qui "n'a pas de troupes au sol", a-t-il rappelé, n'est pas en mesure de procéder elle-même au déminage."Des personnes appropriées s'en chargeront", a-t-il indiqué.

Ahmed Omar Bani, porte-parole militaire de la rébellion à Benghazi (est), a affirmé que les forces de Kadhafi avaient posé les mines juste avant de partir "quand elles ont senti qu'elle perdaient".

Les forces gouvernementales maintiennent également la pression sur Misrata en lançant des roquettes Grad.Selon le docteur Khalid Abu Falgha, chef du comité de santé de Misrata, trois personnes ont péri jeudi dans ces tirs à Dafnia, à l'ouest de Misrata, et 20 ont été blessées, dont un enfant.

Le régime libyen, en proie à une révolte sans précédent depuis la mi-février, est sous le feu depuis plus de deux mois des raids d'une coalition internationale intervenue le 19 mars pour assurer la protection des civils.

La révolte a poussé près de 750.000 personnes à fuir, selon l'ONU, et fait des milliers de morts selon le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, qui a demandé un mandat d'arrêt contre Mouammar Kadhafi pour crimes contre l'humanité.

A Deauville (nord de la France), où se tient le sommet du G8, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov a jugé que Mouammar Kadhafi devait quitter le pouvoir.

"Oui, nous sommes prêts à l'admettre...il doit partir", a-t-il déclaré à la presse.

La Russie s'était abstenue lors du vote à l'ONU de la résolution 1973 autorisant des frappes internationales contre Tripoli et refusait jusqu'à présent de soutenir les appels des Etats-Unis et de la France notamment au départ de Mouammar Kadhafi.

Vendredi, Moscou a finalement accepté de signer une déclaration finale du G8 disant: "Kadhafi et le gouvernement libyen ne sont pas parvenus à assumer leur responsabilité de protection du peuple libyen et ont perdu toute légitimité.Il n'a pas d'avenir dans une Libye libre et démocratique.Il doit partir".

Washington et Paris ont par ailleurs approché la Russie pour lui demander de jouer un rôle de médiateur dans le conflit, Tripoli ayant fait de son côté la même démarche.

Acculé au départ, frappé par des sanctions et affaibli par des défections, celui qui règne sur la Libye depuis près de 42 ans se montre pourtant inébranlable.Jeudi, le chef du gouvernement Baghdadi Al-Mahmoudi a réaffirmé ainsi que Mouammar Kadhafi ne quitterait pas le pouvoir.

Il a par ailleurs déclaré que le régime libyen avait demandé à l'ONU et à l'Union africaine, qui s'est engagée dans une délicate médiation prévoyant un cessez-le-feu, de fixer une date et une heure précises pour un arrêt des combats.

De son côté, l'UA a demandé la fin des bombardements de l'Otan, indispensable à ses yeux pour ouvrir la voix à une solution politique.

Sur le terrain, cinq puissantes explosions ont secoué jeudi soir le secteur de la résidence du colonel Mouammar Kadhafi, près du centre de Tripoli.L'Otan a intensifié depuis quelques jours ses raids sur la capitale libyenne.

Signe d'une volonté d'accélérer le processus et de se rapprocher du sol, Paris et Londres vont dépêcher des hélicoptères de combats capables de cibler plus précisément les forces de Kadhafi en milieu urbain.

L'armée régulière bombarde de son côté l'ouest de la Libye chaque jour en tirant à l'aveuglette des roquettes qui "menacent la vie des civils", a accusé vendredi Human Rights Watch.

Selon HRW, les Grad "tombent fréquemment sur les maisons, près des hôpitaux et des mosquées, forçant la population à fuir ou à vivre dans des caves".Ces armes sont utilisées par le régime de Tripoli dans le Djebel Nafoussa, une région montagneuse au sud de Tripoli.

La ville de Zenten a été notamment la cible de "violents bombardements", a indiqué Ahmed Omar Bani, appelant l'Otan à frapper les forces de Kadhafi dans cette zone de l'ouest, notamment avec les hélicoptères dans les montagnes de Nafoussa.