Libye: les combattants du CNT s'approchent de Syrte, Kadhafi nie avoir fui au Niger

Par La rédaction

VALLEE ROUGE (Libye) (AFP) - (AFP)

Les forces du nouveau pouvoir en Libye ont pris le contrôle jeudi de la Vallée Rouge, se rapprochant ainsi de Syrte, un des derniers fiefs des partisans de l'ex-leader Mouammar Kadhafi qui, traqué de toutes parts, a démenti s'être enfui au Niger.

Le Conseil national de transition (CNT), issu de la rébellion et qui contrôle la majeure partie du pays, a annoncé jeudi que la bataille pour la "libération" du pays n'était pas gagnée.

"La bataille de la libération n'est pas gagnée.Nous faisons encore face au plus grand défi", a affirmé le numéro deux du CNT Mahmoud Jibril à Tripoli.

Localiser l'ex-dirigeant et venir à bout des dernières poches de résistance reste en effet un objectif majeur pour le CNT et pour bon nombre de membres de la coalition internationale intervenue en mars pour protéger -sous mandat de l'ONU- les civils d'une répression sanglante de la révolte.

L'Otan, qui poursuit ses frappes aériennes mais avec une cadence beaucoup plus faible, poursuivra ses opérations "tant que subsistera une menace" des forces loyales à Kadhafi, a réaffirmé jeudi le secrétaire général de l'Alliance atlantique, Anders Fogh Rasmussen.

Jeudi, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) Luis Moreno-Ocampo a demandé à Interpol de délivrer une "notice rouge" contre Mouammar Kadhafi, qui fait déjà l'objet d'un mandat d'arrêt de la CPI, "pour des crimes contre l'humanité présumés, à savoir meurtre et persécution".

  Sur le terrain, les combattants se préparaient à lancer des assauts contre des bastions pro-Kadhafi en cas d'échec des négociations.

Les villes de Syrte (360 km à l'est de Tripoli), Sebha (centre) et Bani Walid (170 km au sud-est de Tripoli) n'ont plus que deux jours pour déposer les armes, le CNT leur ayant fixé un ultimatum expirant samedi, faute de quoi il décidera d'une offensive militaire.

Sur la route de Syrte, les combattants pro-CNT ont pris dans l'après-midi le contrôle de la Vallée Rouge, petite vallée légèrement encaissée en plein désert, à l'issue de violents combats, selon un journaliste de l'AFP.

La Vallée rouge est située à une soixantaine de kilomètres à l'est de Syrte et était censée constituer l'une des principales lignes de défense des partisans de Mouammar Kadhafi dans ce secteur. "C'était une légende, nous avons réussi à prendre la zone", a commenté le commandant pro-CNT Selim Nabous, l'un des principaux artisans de cette avancée, qui a fait état 19 tués, dont 15 dans les rangs des pro-Kadhafi.

Plusieurs combattants pro-CNT ayant pris part à l'affrontement ont quant à eux évoqué un bilan de 17 soldats pro-Kadhafi tués.  Deux pick-up 4X4 surmontés de batteries anti-aériennes, plusieurs fusils d'assaut ont été saisis, a-t-on constaté.Au moins trois véhicules des forces de Kadhafi ont été détruit dans les combats qui ont duré environ une heure.

Une colonne pro-CNT de dix véhicules a pris à revers en passant en profondeur dans le désert les positions des forces pro-Kadhafi, dont une partie est parvenue en partie à prendre la fuite.

En trois jours d'attaques successives, les rebelles ont progressé d'environ 30 km vers Syrte, et les combats se poursuivaient jeudi en fin d'après-midi dans les faubourgs de la localité de Harawa (à une cinquantaine de km de Syrte), a-t-on constaté.

Aux cris de "Allah akbar!" (Dieu est grand), les combattants se félicitaient et célébraient leur victoire en plein milieu de la route à la sortie de la Vallée rouge, indifférents aux obus des pro-Kadhafi qui continuaient de s'abattre à quelques dizaines de mètres de là.

 L'enjeu pour eux est de se positionner au plus près de Syrte, région natale du dirigeant en fuite.Déjà, des milliers d'entre eux ont pris position le long de la ligne de front dans l'attente de cette offensive.

A Bani Walid, les négociations pour une reddition pacifique de la ville se sont arrêtées car "elles n'ont donné aucun résultat", a indiqué jeudi un chef militaire du CNT, Abdallah Abou Oussara.Selon le nouveau pouvoir, l'un des fils de Kadhafi, Seif al-Islam, a été aperçu dans cette ville. Traqué, l'ex-homme fort de Libye est resté menaçant, ironisant sur les spéculations lancées depuis son entrée en clandestinité avec la chute le 23 août de son QG à Tripoli.

 "Il ne leur reste plus que la guerre psychologique et les mensonges.Ils ont dit dernièrement qu'on a vu Kadhafi dans un convoi vers le Niger", a-t-il dit dans un message audio diffusé par Arrai, une télévision arabe basée à Damas, devenue son unique canal de communication.

"Combien de convois de contrebandiers, de marchandises et de gens entrent dans le désert chaque jour vers le Soudan, le Tchad, le Mali ou l'Algérie.Comme si c'était la première fois qu'un convoi traverse vers le Niger !" a-t-il lancé. "Nous sommes prêts à Tripoli et partout à intensifier les attaques contre les rats et les mercenaires", a-t-il encore menacé.

 Le passage lundi d'un important convoi de véhicules civils et militaires venant de Libye à Agadez, une ville du nord du Niger, avait alimenté les spéculations sur une fuite de colonel libyen, avant une série de démentis.

Les Etats-Unis ont demandé aux pays frontaliers de la Libye dont le Niger de contrôler et sécuriser leurs frontières.

Le Niger, qui a nié qu'il soit sur son territoire, s'est engagé à examiner "au cas par cas" les demandes du CNT de livrer des personnalités du régime Kadhafi réfugiées sur son territoire.Le CNT a envoyé une délégation au Niger pour lui demander d'empêcher toute tentative de Kadhafi ou de sa famille d'y entrer.

En Tunisie, un fidèle compagnon de Mouammar Kadhafi, Khouildi Hamidi, a été empêché de quitter le pays et son passeport confisqué, a déclaré à l'AFP une source gouvernementale.

Avant sa disparition, Kadhafi a vendu plus de 20% des réserves en or du pays, d'une valeur de plus d'un milliard de dollars, a annoncé le gouverneur de la Banque centrale, Qassem Azzoz.Environ 29 tonnes d'or ont été vendues à des commerçants locaux, alors que le régime était à court de liquidités.

Pour les Etats-Unis, le fait que Mouammar Kadhafi soit toujours en liberté constitue "un danger" pour le nouveau pouvoir dans ses efforts pour stabiliser la Libye et construire un gouvernement.

Et au moment où les nouvelles autorités s'installent progressivement à Tripoli, le Conseil de sécurité va discuter vendredi d'une mission de l'ONU de trois mois en Libye pour aider le nouveau pouvoir à réformer la police et la justice et à préparer les élections dans un pays ravagé par plus de six mois de conflit.