Libye: les rebelles gagnent du terrain à Brega et près de Misrata

12 août 2011 à 9h43 par La rédaction

BENGHAZI (Libye) (AFP) - (AFP)

Les rebelles libyens gagnent du terrain dans l'Est, où ils sont aux portes de Brega, et ont lancé une offensive dans l'Ouest pour mettre fin aux tirs de roquettes contre leur enclave de Misrata, presque six mois après le début de la révolte contre Mouammar Kadhafi.

Les divisions au sein de la rébellion ont cependant été une nouvelle fois illustrées avec une déclaration vendredi à Benghazi d'une vingtaine de brigades contre le ministre rebelle de la Défense, Jallal al-Digheily, qu'elles tiennent pour indirectement responsable de la mort du général Abdel Fatah Younès.

L'assassinat le 28 juillet de cet ancien pilier du régime rallié à la rébellion suscite d'intenses spéculations sur l'identité des meurtriers, le rôle du Conseil national de transition (CNT, organe politique des rebelles) ou l'existence d'une possible "cinquième colonne" pro-Kadhafi.

Suite à cet assassinat, le CNT a limogé mardi son bureau exécutif, qui fait office de gouvernement par intérim, et doit nommer un nouveau bureau dans les prochains jours.

Du côté du régime libyen, les forces loyales au colonel Kadhafi ont tellement diminué qu'elles ne peuvent plus "mener une offensive crédible", a estimé le chef des opérations militaires de l'Otan en Libye, le Canadien Charles Bouchard, dans un entretien accordé jeudi à l'AFP.

Et après plusieurs mois de sur-place, "les forces anti-Kadhafi vont de l'avant pour arrêter cette violence contre la population", a-t-il assuré."On voit des changements" sur les trois fronts: Brega à l'est, Misrata à l'ouest, le djebel Nefoussa au sud-ouest de la capitale.

A Brega, les rebelles assurent que la conquête de cette cité pétrolière, poste avancé des pro-Kadhafi à 240 km au sud-ouest de Benghazi, n'est plus qu'une "question de jours".

Mercredi, les combattants rebelles étaient dans les faubourgs de la zone résidentielle de la ville, selon un journaliste de l'AFP.Jeudi soir, après une journée de combats, les rebelles ont affirmé avoir pris le contrôle de l'un des trois quartiers de cette zone.

"Chaque jour, nous gagnons du terrain", a assuré Fawzi Bukatif, ingénieur civil devenu l'un des principaux chefs militaires de l'insurrection, tout en précisant qu'il valait "mieux aller doucement pour épargner des vies, sécuriser méthodiquement notre progression".

La ville de Brega s'étend sur une dizaine de kilomètres d'est en ouest, le long de la route côtière.Les forces pro-Kadhafi ont aménagé de solides lignes de défense, avec des centaines de mines et un ingénieux réseau de tunnels souterrains où chars et véhicules peuvent échapper aux frappes de l'Otan.

Outre la maîtrise des installations pétrolières aujourd'hui à l'arrêt, l'objectif pour les combattants rebelles de l'Est est surtout de "soulager les autres fronts de Misrata et du djebel Nefoussa en retenant et en affaiblissant ici le maximum de forces de Kadhafi", selon M. Bukatif.

Dans l'Ouest, les combattants de Misrata, enclave rebelle à 200 km à l'est de Tripoli, ont lancé jeudi une offensive sur Touarga, à une quarantaine de kilomètres au sud, pour mettre fin aux tirs de roquettes des pro-Kadhafi qui continuent de terroriser les habitants.

La cité portuaire, qui comptait 500.000 habitants avant le début de la révolte mi-février, tente de se relever après les violents combats qui avaient duré des mois au printemps, jusqu'à ce que les rebelles parviennent à desserrer l'étau mi-mai, grâce aux frappes de l'Otan.

Le long de la rue de Tripoli, l'axe principal de la ville qui a longtemps été la ligne de front, aucun bâtiment n'est intact sur deux kilomètres, et les bas-côtés sont encombrés de carcasses de conteneurs, de chars ou de voitures.

A Benghazi, les rebelles ont récupéré un avion-cargo, propriété du régime de Kadhafi mais saisi par les Emirats arabes unis, et ont annoncé qu'ils allaient l'utiliser pour acheminer l'aide humanitaire depuis l'étranger.

Sur le front diplomatique, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a fait part jeudi de son inquiétude concernant le nombre "inacceptable" de civils tués dans le conflit libyen, y compris à la suite de frappes de l'Otan.

M. Ban a appelé "toutes les parties à faire preuve d'extrême prudence dans leurs actions, afin de réduire à l'avenir les pertes de vies civiles", selon un communiqué.