Libye: les rebelles prennent un village dans l'Ouest, pertes dans l'Est

Par La rédaction

BENGHAZI (Libye) (AFP)

La rébellion a pris mardi le contrôle d'un village clé dans l'ouest de la Libye après avoir essuyé de grosses pertes dans l'est face aux forces du régime, dont le chef Mouammar Kadhafi refuse de céder le pouvoir quatre mois après le début de l'insurrection.

Parallèlement, la rébellion a remporté de nouveaux succès diplomatiques avec la reconnaissance par un 14e pays, le Canada, de son organe politique, le Conseil national de transition (CNT), comme "représentant légitime" du peuple libyen, la Tunisie se disant prête à faire de même si le CNT le lui demande.

Alors que l'Otan poursuit ses frappes aériennes contre les forces pro-Kadhafi, les interrogations fusent sur la capacité de l'Alliance atlantique à disposer de moyens militaires suffisants pour mener à bien sa mission si l'opération doit se prolonger trop longtemps.

Malgré la pression militaire de l'Otan, les pro-Kadhafi ont repris il y a plusieurs jours l'offensive notamment à l'est de la capitale Tripoli, bastion du régime.

Les combats entre les forces loyalistes et les rebelles ont fait rage ces derniers jours sur la ligne de front entre Ajdabiya et Brega, où 21 rebelles ont été tués lundi selon un commandant des rebelles.

"Nos hommes ont été piégés.Les soldats de Kadhafi ont fait semblant de se rendre, ils sont arrivés avec un drapeau blanc, puis ils leur ont tiré dessus", a-t-il affirmé.Une vingtaine de rebelles blessés ont été hospitalisés à Ajdabiya, à 160 km au sud de Benghazi, fief des insurgés dans l'est.

Mais la ligne de front Ajdabiya-Brega "a été calme" mardi, selon ce commandant, joint par téléphone par l'AFP.

Dans l'ouest du pays en revanche, les rebelles ont réussi à prendre pour la première fois le contrôle du village Al-Rayaniya, selon un journaliste de l'AFP sur place, qui a compté deux morts et une dizaine de blessés parmi les rebelles à l'hôpital local.

Le village Al-Rayaniya est situé sur la route entre les villes de Zenten et Yefren tenues par les insurgés.L'objectif de la rébellion est de faire la jonction entre Zenten et Yefren en prenant le contrôle des villages les séparant et toujours aux mains des pro-Kadhafi.

Plusieurs soldats du régime ont été faits prisonniers, dont beaucoup sont des mercenaires, provenant d'Afrique noire ou d'Algérie voisine.L'un d'eux a affirmé à l'AFP que Tripoli recrutait dans les tribus touaregs, dans le désert.

Entretemps, une dizaine d'obus et de roquettes sont tombés en territoire tunisien lors d'affrontements continus dans le nord-ouest entre pro-Kadhafi et insurgés, près du poste de Dehiba, selon des témoins, provoquant l'ire de Tunis.

Face à l'attitude de défi du dirigeant libyen, au pouvoir depuis plus de 40 ans, Washington tente de l'isoler de plus en plus, la secrétaire d'Etat Hillary Clinton demandant "à tous les Etats africains (...) d'appeler Kadhafi à quitter le pouvoir" et "d'expulser les diplomates pro-Kadhafi".

Déjà hostile à l'intervention de l'Otan, le président sud-africain Jacob Zuma est monté au créneau en accusant l'Alliance d'outrepasser la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU "pour obtenir un changement de régime, pour des assassinats politiques et pour une occupation militaire étrangère".

Devant le risque d'un conflit prolongé, le commandant suprême allié pour la transformation de l'Otan, le général français Stéphane Abrial, a jugé que "si les opérations durent plus longtemps, la question des ressources deviendra critique".

Le secrétaire américain à la Défense Robert Gates avait déjà jeté un pavé dans la mare en mettant en garde la semaine dernière les alliés sur leur manque d'investissements militaires et de volonté politique, qui pourrait "compromettre" l'efficacité de la mission en Libye.

Londres a dit qu'il pourrait être amené à prendre des décisions importantes sur une réorientation de ses priorités militaires si l'intervention de l'Otan dans ce pays se prolonge.

Mais la porte-parole de l'Otan, qui a déjà prolongé jusqu'en septembre sa mission en Libye, a voulu dissiper les doutes, en estimant qu'il est "clair" que l'Alliance dispose des moyens nécessaires pour "maintenir la pression" sur M. Kadhafi.

Le conflit en Libye a fait depuis le 15 février entre "10.000 et 15.000" morts et obligé près d'un million de personnes à prendre la fuite, selon l'ONU.