Libye: nouveaux raids de l'Otan sur Tripoli, les combats font rage

Par La rédaction

BENGHAZI (Libye) (AFP)

 Deux puissantes explosions ont secoué mardi soir le centre de Tripoli épargné pendant trois jours par les bombardements de l'Otan, alors que la rébellion a pris le contrôle d'un village clé dans l'ouest de la Libye après avoir essuyé de grosses pertes dans l'est. 

Les détonations ont été entendues vers 23H30 heure locale (21H30 GMT) dans la capitale, selon un journaliste de l'AFP.L'agence officielle libyenne Jana a précisé peu après que les raids de l'Otan avaient visé des "sites civils dans la zone de la cité Al-Fernaj".

Les combats entre les forces de Mouammar Kadhafi et les rebelles ont fait rage ces derniers jours sur la ligne de front entre Ajdabiya et Brega, où 21 rebelles ont été tués lundi. "Nos hommes ont été piégés.Les soldats de Kadhafi ont fait semblant de se rendre, ils sont arrivés avec un drapeau blanc, puis ils leur ont tiré dessus", a affirmé un commandant des rebelles.Une vingtaine de rebelles blessés ont été hospitalisés à Ajdabiya, à 160 km au sud de Benghazi, fief des insurgés dans l'est.

Mais la ligne de front Ajdabiya-Brega "a été calme" mardi, selon ce commandant, joint par téléphone par l'AFP.

Dans l'ouest du pays en revanche, les rebelles ont réussi à prendre pour la première fois le contrôle du village Al-Rayaniya, selon un journaliste de l'AFP sur place, qui a compté deux morts et une dizaine de blessés parmi les rebelles à l'hôpital local. Le village Al-Rayaniya est situé sur la route entre les villes de Zenten et Yefren tenues par les insurgés.L'objectif de la rébellion est de faire la jonction entre Zenten et Yefren en prenant le contrôle des villages les séparant et toujours aux mains des pro-Kadhafi.

 Plusieurs soldats du régime ont été faits prisonniers, dont beaucoup sont des mercenaires, provenant d'Afrique noire ou d'Algérie voisine.L'un d'eux a affirmé à l'AFP que Tripoli recrutait dans les tribus touaregs, dans le désert.

Entretemps, une dizaine d'obus et de roquettes sont tombés en territoire tunisien lors d'affrontements continus dans le nord-ouest entre pro-Kadhafi et insurgés, près du poste de Dehiba, selon des témoins, provoquant l'ire de Tunis.

Parallèlement, la rébellion a remporté de nouveaux succès diplomatiques avec la reconnaissance par le Canada et Panama de son organe politique, le Conseil national de transition (CNT), comme "représentant légitime" du peuple libyen, la Tunisie se disant prête à faire de même si le CNT le lui demande.Au total, 15 pays ont déjà reconnu la rébellion.

Alors que l'Otan poursuit ses frappes aériennes contre les forces pro-Kadhafi, les interrogations fusent sur la capacité de l'Alliance atlantique à disposer de moyens militaires suffisants pour mener à bien sa mission si l'opération doit se prolonger trop longtemps.

Le président de la Chambre des représentants américaine, John Boehner, a ainsi mis en garde le président Barack Obama mardi au sujet d'une éventuelle poursuite des opérations militaires américaine en Libye sans autorisation du Congrès.Le leader républicain souligne que le président se trouvera à partir de dimanche en violation de la "Loi sur les pouvoirs de guerre" qui stipule que, sans autorisation du Congrès, un retrait doit être entamé après 60 jours et entièrement achevé après 90 jours de guerre.

Les députés canadiens ont quant à eux approuvé mardi une prolongation de trois mois des opérations militaires canadiennes au sein de la mission de l'Otan en Libye.

Le Canada est l'un des principaux pays engagés dans les opérations de l'Otan qui mènent des bombardements aériens depuis la fin mars afin de protéger les civils.Cependant, plusieurs responsables politiques occidentaux ont reconnu que l'objectif était désormais d'obtenir la démission du colonel Kadhafi.

 Face à l'attitude de défi du dirigeant libyen, au pouvoir depuis plus de 40 ans, Washington tente de l'isoler de plus en plus, la secrétaire d'Etat Hillary Clinton demandant "à tous les Etats africains (...) d'appeler Kadhafi à quitter le pouvoir" et "d'expulser les diplomates pro-Kadhafi".

Déjà hostile à l'intervention de l'Otan, le président sud-africain Jacob Zuma est monté au créneau en accusant l'Alliance d'outrepasser la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU "pour obtenir un changement de régime, pour des assassinats politiques et pour une occupation militaire étrangère".

Devant le risque d'un conflit prolongé, le commandant suprême allié pour la transformation de l'Otan, le général français Stéphane Abrial, a jugé que "si les opérations durent plus longtemps, la question des ressources deviendra critique".

Le secrétaire américain à la Défense Robert Gates avait déjà jeté un pavé dans la mare en mettant en garde la semaine dernière les alliés sur leur manque d'investissements militaires et de volonté politique, qui pourrait "compromettre" l'efficacité de la mission en Libye.

Le chef de la Royal Navy, l'amiral Mark Stanhope, a averti, quant à lui, que les priorités de la Grande-Bretagne en Libye devraient être repensées si l'opération lancée par l'Otan durait plus de six mois.

Mais la porte-parole de l'Otan, Oana Lungescu, qui a déjà prolongé jusqu'en septembre sa mission en Libye, a voulu dissiper les doutes, en estimant qu'il est "clair" que l'Alliance dispose des moyens nécessaires pour "maintenir la pression" sur le colonel Kadhafi.

Le conflit en Libye a fait depuis le 15 février entre "10.000 et 15.000" morts et obligé près d'un million de personnes à prendre la fuite, selon l'ONU.