Libye: raids intensifs dans l'est, vers une zone d'exclusion aérienne?

8 mars 2011 à 15h01 par La rédaction

RAS LANOUF (Libye) (AFP)

L'insurrection libyenne était visée par des raids intensifs mardi, au début de la quatrième semaine de la révolte, alors que la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye recueillait de plus en plus de soutiens y compris dans le monde arabe.

L'opposition libyenne a rejeté toute négociation avec le régime de Mouammar Kadhafi, exigeant que le numéro un libyen quitte le pays tout en promettant dans ce cas de ne pas engager de poursuites pénales contre lui.Des insurgés avaient annoncé un peu plus tôt voir reçu, et rejeté, une offre de négociation.

A Tripoli, un responsable gouvernemental a formellement démenti toute proposition de négociations de la part du régime.

Le président du Conseil national créé par l'opposition pour préparer la transition et basé à Benghazi (est), Moustapha Abdeljalil, a précisé que M. Kadhafi n'avait pas envoyé d'émissaire mais que des avocats de Tripoli s'étaient proposés comme intermédiaires "pour arrêter le bain de sang".

Après les monarchies arabes du Golfe lundi, l'Organisation de la conférence islamique (OCI) s'est déclarée mardi favorable à une zone d'exclusion aérienne en Libye, pour empêcher les bombardements contre les insurgés, tout en réaffirmant son opposition à une intervention militaire directe.

L'OCI est formée de 57 pays comptant plus d'un milliard de musulmans.

La Ligue arabe a prévu une réunion de crise samedi pour évoquer les "mesures à prendre pour protéger le peuple libyen, en particulier l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne".

La France et la Grande-Bretagne préparent un projet de résolution pour le Conseil de sécurité de l'ONU imposant une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye, qu'ils veulent présenter dès cette semaine.Son adoption semble cependant délicate en raison de la réticence de la Chine et surtout de la Russie, selon des diplomates.

Sur le terrain, la ville pétrolière de Ras Lanouf, base la plus avancée de l'opposition dans l'Est libyen, à environ 300 km au sud-ouest du siège de l'opposition à Benghazi, était la cible de raids aériens intensifs mardi.

L'ouest du port pétrolier a été pilonné dans l'après-midi, et trois personnes au moins ont été blessées, selon un journaliste de l'AFP.

Les rebelles ont dit que les troupes gouvernementales avaient déversé un déluge de feu.

Un peu plus tôt, un immeuble a été endommagé par un raid, le premier à toucher une habitation dans la ville, mais personne n'a fait état de victime dans l'immédiat, selon un journaliste de l'AFP.

En revanche, une personne a été blessée par une attaque aérienne dans la matinée, selon un photographe de l'AFP.

L'aviation libyenne vise quotidiennement les positions des insurgés dans l'est du pays, essentiellement sur la ligne de front mais aussi à Brega et Ajdabiya, verrous stratégiques vers Benghazi.

A l'ouest de Tripoli, l'opposition contrôlait mardi Zenten, à 120 km au sud-ouest de la capitale, mais la ville était encerclée par les forces pro-Kadhafi, selon un Français sur place.Il a affirmé que les opposants contrôlaient toutes les villes jusqu'à Nalout, près de la frontière tunisienne.

Lundi soir, l'opposition a évoqué de "violents combats" à Zawiyah, ville que les insurgés disent tenir à 60 km à l'ouest de Tripoli.

Les Occidentaux, qui affichent désormais ouvertement leur soutien à l'insurrection, doivent se concerter jeudi et vendredi à Bruxelles au sein de l'Otan et de l'Union européenne, pour tenter d'aider l'opposition sans enfreindre le droit international ni déstabiliser la région.

Deux représentants du Conseil national de l'opposition se sont rendus mardi au Parlement européen à Strasbourg, et doivent rencontrer mercredi le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé.

Les 27 pays européens se sont mis d'accord sur de nouvelles sanctions contre la Libye, visant notamment un fonds souverain et la banque centrale, après le gel des avoirs du colonel Kadhafi et de 25 de ses proches.Cet accord doit entrer en vigueur d'ici vendredi.

Les Pays-Bas observaient la plus grande discrétion sur leurs efforts pour obtenir la libération de trois soldats faits prisonniers le 27 février par des forces loyales à Kadhafi, refusant de confirmer l'envoi de négociateurs à Malte, une information rapportée par la presse néerlandaise.

Un médecin jordanien qui assurait travailler pour Médecins sans frontières (MSF) a été emmené sous la menace d'une arme d'un hôtel de Benghazi, selon des témoins.MSF a démenti que ce médecin fasse partie de son personnel.

Lundi, les Nations unies ont chargé l'ancien ministre jordanien des Affaires étrangères Abdel Ilah Khatib d'entreprendre des "consultations urgentes" avec Tripoli sur la crise humanitaire provoquée par les combats.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon avait avancé le 25 février un bilan de plus de 1.000 morts depuis le début de l'insurrection le 15 février.Selon l'ONU, plus de 191.000 personnes ont fui les violences.

Le cours du pétrole ont reculé mardi, après les rumeurs sur d'éventuelles négociations en Libye et l'annonce de consultations informelles au sein de l'Opep sur les mesures à prendre face aux troubles.