Libye: Senoussi, l'ex-espion de Kadhafi, extradé par la Mauritanie

Par La rédaction

TRIPOLI (AFP) - (AFP)

Abdallah al-Senoussi, ex-chef des services de renseignement du régime de Mouammar Kadhafi recherché par la Cour pénale internationale (CPI), a été extradé par la Mauritanie et remis mercredi à la justice libyenne.

"Nous confirmons qu'Abdallah al-Senoussi a été remis à la Libye.Il y a quelques minutes, il a été remis au bureau du procureur général.Il va subir des examens médicaux de routine et l'interrogatoire commencera tout de suite après.Nous déciderons ensuite de son sort", a indiqué à l'AFP l'adjoint du procureur général libyen, Taha Baara.

"Son extradition a eu lieu à la suite de la décision des tribunaux mauritaniens et cette décision a été validée par le président mauritanien", Mohammed Ould Abdel Aziz, a-t-il ajouté.

"Les autorités mauritaniennes remettent l'ex-chef des renseignements libyens Abdallah al-Senoussi à la Libye", avait annoncé dans la matinée la télévision d'Etat mauritanienne.

"Toutes les procédures légales concernant cette extradition ont été respectées et les garanties d'usage données par le gouvernement libyen", a assuré un responsable mauritanien sous couvert d'anonymat, sans autres commentaires.

La CPI, qui a émis à l'encontre de M. Senoussi un mandat d'arrêt, a indiqué à l'AFP ne pas avoir d'information sur cette extradition.

Le mandat d'arrêt, lancé le 27 juin 2011, l'accuse d'avoir commis "des meurtres et des persécutions de civils constitutifs de crimes contre l'humanité" dès le début, mi-février 2011, de la révolte contre le régime du colonel Kadhafi.

La France avait elle délivré à son encontre un mandat d'arrêt international à la suite de sa condamnation par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité dans l'affaire de l'attentat du 19 septembre 1989 contre le vol UTA 772 qui avait coûté la vie à 170 personnes, dont 54 Français.

Séjour discret d'une délégation libyenne à Nouakchott

Des sources officielles mauritaniennes interrogées par l'AFP ont indiqué qu'une délégation libyenne, comprenant les ministres de la Défense et des Finances ainsi que le chef d'état-major de l'armée libyenne, avait séjourné mardi à Nouakchott.

Selon elles, ce déplacement entrait dans le cadre de l'extradition de M. Senoussi.Un séjour qui n'a fait l'objet d'aucune communication officielle à Nouakchott.

Beau-frère de Kadhafi, M. Senoussi, âgé de 62 ans, faisait partie du premier cercle des fidèles entourant le colonel.Il a longtemps été chef des renseignements militaires, l'"un des organes de répression les plus puissants et efficaces du régime", selon la CPI.

Entré en Mauritanie avec un passeport malien sous une fausse identité, il avait été arrêté à la mi-mars à l'aéroport de Nouakchott, alors qu'il arrivait du Maroc.

Il avait été placé en garde à vue avant d'être inculpé le 21 mai de "falsification de document de voyage" et entrée illégale dans le pays.

La Libye a fait savoir depuis mars qu'elle tenait à le "récupérer".

"Cet homme a commis des crimes contre les Libyens (...) Il doit en répondre (...) devant la justice libyenne", avait déclaré à l'époque à Nouakchott le premier vice-Premier ministre libyen, Moustapha Bou Chagour.

Le président mauritanien avait indiqué le 6 août que le Libyen serait jugé en Mauritanie avant toute décision concernant son éventuelle extradition.

"C'est lorsque la justice mauritanienne aura terminé avec son dossier qu'une décision politique sera envisagée pour son extradition.(...) M. al-Senoussi a des problèmes avec la justice en Mauritanie, il doit être jugé pour son entrée avec une fausse identité en Mauritanie", avait-il déclaré.