Libye: Tripoli bombardée, les combats s'intensifient en dépit du ramadan

19 août 2011 à 10h37 par La rédaction

TRIPOLI (AFP) - (AFP)

Tripoli a été visée dans la nuit par de violents bombardements de l'Otan confrontée à la résistance du leader Mouammar Kadhafi déterminé à ne pas lâcher le pouvoir, alors que sur le terrain les combats s'intensifient sur plusieurs fronts, malgré le ramadan.

Sur le plan humanitaire, "l'intensification" des combats entrerebelles et forces pro-Kadhafi en Libye a entraîné une "rapide détérioration de la situation humanitaire" dans plusieurs villes du pays, s'est inquiété le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

A Tripoli, des milliers de migrants attendent une évacuation, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

"Ils ne peuvent pas sortir par la route vers la Tunisie en raison des combats sur le front de l'Ouest qui excluent cette option", selon une porte-parole.

Les insurgés ont ouvert depuis mercredi trois nouveaux fronts, l'un à Ajaylat, dans l'Ouest, l'autre dans l'Est à Al-Hicha, à mi-distance entre Misrata et Syrte, ville natale du colonel Mouammar Kadhafi, et un troisième à Morzuk, dans le Sud-Ouest saharien.

Parallèlement, des combats se déroulaient à Brega, dans l'Est, et à Zawiyah, à une quarantaine de km à l'ouest de Tripoli.Les rebelles ont affirmé contrôler la raffinerie de Zawiyah, la seule de l'Ouest libyen et l'une des dernières sources d'approvisionnement du régime en pétrole et en gaz.Mais le régime a démenti.

Vendredi matin, d'intenses combats de rues se déroulaient dans le centre de Zawiyah entre rebelles et loyalistes, selon un correspondant de l'AFP.De nombreux bâtiments y sont détruits et des snipers sont postés sur les toits.

Les insurgés ont également affirmé vendredi avoir progressé et fait subir de lourdes pertes aux forces pro-Kadhafi sur la ligne de front de Zliten, ville disputée à 150 km à l'est de Tripoli.

Venus de l'enclave de Misrata, à une cinquantaine de kilomètres plus à l'est, les rebelles tentent depuis début août de s'emparer de cette ville de 200.000 habitants le long de la côte méditerranéenne.

Ils ont affirmé dans un communiqué avoir tué "entre 40 et 50 soldats gouvernementaux" tandis que "12 mercenaires africains ont été faits prisonniers".

 Le conflit en Libye a débuté le 15 février par un soulèvement contre le régime autoritaire de Mouammar Kadhafi.La révolte, réprimée dans le sang, s'est rapidement transformée en guerre civile.Fin mars, l'Otan a pris les commandes d'une coalition internationale intervenue sur mandat de l'ONU pour protéger la population civile.

L'Alliance atlantique mène des raids quotidiens en Libye et notamment sur la capitale d'où elle veut déloger le colonel Kadhafi au pouvoir depuis 42 ans.

Vendredi vers 01H00 (23H00 GMT jeudi), plusieurs détonations ont été entendues dans le secteur de la résidence du colonel Kadhafi dans le centre de Tripoli, ainsi qu'à l'ouest de la capitale..

Au moment où les rebelles s'approchent de la capitale, bastion du régime, le Premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi a lancé jeudi un appel à "un cessez-le-feu immédiat" et au dialogue, tout en excluant un départ de M. Kadhafi.

Le président du Conseil national de transition (CNT), organe politique de la rébellion basé à Benghazi (est), Moustapha Abdeljalil, a rappelé que le départ de Kadhafi était un préalable à toute discussion.

"L'étau se resserre autour de Tripoli, depuis les montages de l'Ouest, à Sorman, à Zawiyah et sur le flanc est de Tripoli", a-t-il ajouté espérant fêter dans la capitale l'Aïd el-Fitr, qui marquera la fin du mois de jeûne musulman du ramadan fin août.

A une trentaine de km au nord-ouest de la ville côtière de Zawiyah, les rebelles contrôlent la quasi-totalité de Sabrata, à l'exception de la partie orientale de la ville, selon Abdel-Salam Othman, un porte-parole des rebelles.

Sabrata et Zawiyah sont situées sur la route côtière reliant la Tunisie à Tripoli, qui sert à l'approvisionnement du régime.

Les insurgés ont également attaqué mercredi, à 250 km à l'est de la capitale, la localité d'Al-Hicha, située au sud de l'enclave rebelle de Misrata et sur la route reliant Tripoli à Syrte, bastion militaire du régime.

Et jeudi, des combattants venus de Misrata ont progressé d'une quarantaine de kilomètres au sud de Touarga, prenant le contrôle d'un pont stratégique, a indiqué la rébellion.

Les rebelles ont aussi annoncé contrôler Morzuk, une importante localité du Sud-Ouest saharien.

Mais, "ces derniers jours, l'intensification des combats a entraîné une rapide détérioration de la situation humanitaire dans et autour de Brega (est), Zawiyah, Gharyan, Sabrata (périphérie ouest et sud-ouest de Tripoli) et près de Misrata", a indiqué jeudi un communiqué du CICR.

"On entend dire que des hôpitaux ont été attaqués ou utilisés à des fins militaires.Mardi, à Brega, nos délégués ont vu plusieurs ambulances qui avaient essuyé des tirs", selon le CICR.

A Genève, l'OIM s'est inquiétée du sort de milliers de migrants qui cherchent à quitter Tripoli.

"Il y a déja des milliers d'Egyptiens prêts à être évacués et chaque jour il y de plus en plus de demandes", a indiqué une porte-parole de l'OIM, Jemini Pandya.

L'OIM est en train de préparer des plans d'évacuation, probablement par voie maritime, pour permettre un départ de la capitale "dès que possible", a précisé Mme Pandya.

Plus de 600.000 migrants ont déja quitté la Libye depuis le début de la crise.